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International Broadcasting Specialized Meeting

Les révolutions de la radiodiffusion internationale
Genève, 17-18 mai 2005

Pour Thomas Kuhn, l'inventeur du concept de paradigme, un paradigme se définit comme une situation où l'accumulation des difficultés empêche toute activité normale. Il se produit alors une révolution qui remplace l'ancien paradigme par un nouveau. Cela ne veut pas dire que les choses vont mieux qu'avant, simplement la situation est différente et il est impossible de comparer l'avant et l'après.

Ce qui est sûr en tout cas, c'est que les problèmes s'accumulent pour les radiodiffuseurs internationaux. A l'heure où les gouvernements font de moins en moins confiance à la diplomatie officielle, un grand nombre de radiodiffuseurs sont confrontés à de graves restrictions budgétaires, tandis que d'autres doivent déployer des efforts considérables pour éviter la fermeture. La déréglementation, l'ouverture des marchés et la perspective de l'élargissement de la sphère d'activité des radiodiffuseurs nationaux sont autant de menaces qui s'ajoutent à leurs difficultés. 

Ces bouleversements ont déjà contraint certaines stations à mettre la clé sous la porte, mais d'autres apparaissent, prêtes à prendre la relève. Il ne s'agit peut-être pas de radios ondes courtes au sens traditionnel, mais leur mission n'en consiste pas moins à conquérir leurs auditeurs au-delà des frontières géopolitiques. 

Face à cette situation, un certain nombre de radios se sont engagées activement dans une politique de coproduction ou de syndication internationale de programmes, à l'instar de leurs collègues de la télévision qui commercialisent leurs programmes au MIP à Cannes. Ce qui compte, c'est que le message passe, la manière importe peu.

D'autres, au contraire, prétendent qu'en choisissant leurs programmes sur le marché, les stations n'auront plus le même impact. C'est la raison pour laquelle un certain nombre de grands radiodiffuseurs préfèrent se construire une identité sur des stations locales en FM en signant des contrats qui leur assurent la rediffusion de leurs émissions pendant plusieurs heures par jour. Leur argument est qu'il serait difficile d'évaluer leur efficacité s'ils ne préservaient pas une certaine identité par le biais d'un réseau ou d'une station.

Les choses se compliquent encore par le fait que bien souvent, les radios internationales et les radios nationales s'aiment et se détestent à la fois. En période de vaches maigres, les radios internationales ont tendance à souffrir car la plupart de leurs auditeurs ne votent pas pour les politiciens de leur pays. Pourtant, certains signes montrent que les responsables politiques prennent peu à peu conscience du rôle capital joué par les radios internationales, non seulement dans les discussions à l'échelle mondiale, mais aussi au lendemain des grandes catastrophes, où leur contribution est souvent précieuse, comme on l'a vu lors du tsunami en décembre.

Dans le domaine des nouvelles technologies, les Membres de l'UER ont fait leurs premiers pas sur l'Internet en 1995 (cliquer sur Way Back Engine pour retrouver quelques sites de l'époque). Dix ans plus tard, l'Internet est devenu d'une telle banalité que déjà certains analystes annoncent qu'il est temps d'abandonner le paradigme du portail d'actualités si confortable pour passer à autre chose. Pour eux, les radiodiffuseurs ne font que gratter la surface. Le monde de l'Internet donne directement accès à un marché de masse qui se compte en dizaines de millions d'usagers. Sites web, blogs, wikis et podcasting sont en train de devenir de véritables outils de communication et de conversation à l'échelle planétaire.

L'Internet a brisé le monopole des radios internationales sur l'information des auditeurs de l'étranger et aujourd'hui, celles-ci subissent la concurrence accrue de services traditionnellement destinés aux audiences nationales. Certaines stations réagissent en se repositionnant comme fournisseurs de programmes radiophoniques pour les immigrants établis dans leur pays. 

Un certain nombre de radiodiffuseurs sont allés jusqu'à abandonner leurs activités traditionnelles de radio et télévision pour tenter d'atteindre, sans émetteurs, les auditeurs de l'étranger. Ils l'ont généralement fait pour des raisons financières, mais rares sont ceux qui oseraient affirmer que l'Internet est supérieur à la radio ondes courtes. Car en définitive, la radio et l'Internet sont deux paradigmes que l'on ne peut pas comparer, tant ils sont, comme le disait Kuhn, "incommensurables". 

 

 

La radio a connu plusieurs révolutions au cours des dix dernières années.

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Dernière mise à jour 23.11.2007