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EuroNews sur téléphones
Peter Schmitz, responsable « nouveaux médias », EuroNews
Lors du lancement d’EuroNews, en 1993, les portables étaient volumineux, monochromes, encombrants
Avec des batteries qui se déchargeaient très rapidement, les mobiles étaient également difficiles à utiliser, principalement en raison d’une mauvaise couverture réseau. Bref, ceux qui s’en servaient voulaient le plus souvent impressionner la galerie !
Qui aurait pu prédire que ces appareils serviraient un jour à regarder la télévision ? Mais, avec ce recul de douze ans, on pourrait être tenté de penser qu’à cette époque déjà, EuroNews était le premier service télé adapté à la technologie mobile. Si une chaîne uniquement destinée à être diffusée sur les téléphones portables devait être créée aujourd’hui, il y a fort à parier qu’elle ressemblerait dans une large mesure à la principale chaîne européenne d’information en continu. Ce n’est pas une déduction hasardeuse, mais la conclusion que nous tirons des expériences menées depuis le lancement, en 2004, de notre premier service télé destiné aux mobiles.
Si on ne regarde pas la télévision sur son portable de la même manière qu’à la maison, certains parallèles peuvent être tirés entre ces deux façons de faire. Plusieurs études montrent que les utilisateurs s’attendent à retrouver, sur leurs téléphones mobiles, des marques connues, des visages familiers. La plupart des usagers ne considèrent pas (encore ?) leur portable comme un nouveau support d’information et se contentent simplement d’utiliser son écran.
Pour preuve ; les opérateurs n’ont pas encore reçu de plaintes concernant les publicités télé diffusées sur les mobiles, ce à quoi on aurait pourtant pu s’attendre, dans la mesure où les utilisateurs s’acquittent d’un tarif par minute. Ceux-ci ne semblent donc pas particulièrement s’étonner de visionner ce type de contenu sur leur portable ; après tout, ils regardent bien des messages publicitaires lorsqu’ils suivent la télévision chez eux !
Les téléspectateurs ne visionnent cependant pas la télévision sur leurs mobiles de la même manière qu’ils la regardent chez eux, ni au même moment.
EuroNews a participé aux essais de la DVB-H en 2005 à Helsinki. Les conclusions de ces tests, à l’instar des résultats enregistrés par nos services déjà lancés en Europe, sont extrêmement intéressantes, particulièrement en ce qui concerne les habitudes des utilisateurs.
Grignotage
On constate clairement tout d’abord un phénomène de «grignotage» : les utilisateurs se branchent sur la télévision pour un laps de temps très limité, quelques minutes. Avec EuroNews, ils sont donc pour ainsi dire assurés de pouvoir suivre un sujet d’actualité dans son intégralité, nos reportages durant entre une et deux minutes en moyenne, et nos programmes comprenant rarement des séquences plus longues.

L’importance de l’actualité est primordiale. Il se passe toujours quelque chose, quelque part dans le monde. Le détenteur d’un téléphone mobile peut s’attendre à en être informé dès lors qu’il se branche sur EuroNews. Nos bulletins d’actualité diffusés toutes les demi-heures sont constamment mis à jour.
De surcroît, lorsqu’on demande aux utilisateurs quels programmes sont, à leurs yeux, les mieux adaptés à une distribution sur les mobiles, ils se prononcent à une large majorité pour les actualités.
Par ailleurs, EuroNews diffusant simultanément en sept langues, ses «pères fondateurs» ont décidé, dès le lancement de la chaîne, de ne pas faire apparaître de présentateurs à l’écran. Jusqu’à présent, EuroNews est restée fidèle à ce principe.
Ce que certains jugent comme étant un sérieux handicap, à savoir l’absence de tout présentateur susceptible de «personnaliser» la chaîne, devient un atout sérieux pour la télévision mobile. Nos programmes étant uniquement constitués d’images, nous avons souvent recours à des éléments graphiques pour mieux les distinguer, éléments qui s’adaptent parfaitement à une distribution sur les mobiles. Nos bulletins et magazines sont précédés de séquences d’ouverture colorées clairement identifiables, avec de gros caractères, permettant aux utilisateurs d’en lire facilement le contenu, même sur l’écran d’un téléphone portable.
Distinction floue
Un autre aspect intéressant des habitudes des utilisateurs apparaît dans la manière dont ceux-ci regardent la télévision sur leur mobile. On s’attendait que leurs deux principaux motifs soient les suivants: tuer le temps et se tenir informés. Or, un certain nombre d’usagers jugent extrêmement difficile de se séparer de son appareil portable et les statistiques montrent qu’il n’est pas rare que l’on regarde la télévision sur son mobile même lorsque l’on se trouve chez soi, y compris tôt le matin et tard le soir. En Scandinavie, certaines études montrent que des détenteurs de portable l’utilisent pour regarder la télévision au lit ! Autant de raisons de considérer que les utilisateurs ne font pas de réelle distinction entre télévision mobile et traditionnelle.
Leur point de vue n’est cependant pas toujours partagé par les détenteurs de droits, ce qui est très regrettable. On observe en effet une tendance selon laquelle les opérateurs mobiles s’efforcent de se distinguer de leurs concurrents en achetant des «droits mobiles» exclusifs, choix compréhensible du point de vue du marketing, mais qui vire au cauchemar pour les radiodiffuseurs. Il est logique que les titulaires de droits veuillent une part du gâteau, mais il reste à voir si le point de vue consistant à considérer la télévision mobile comme un nouveau support, distinct de la télévision «traditionnelle», résistera à l’épreuve du temps. À l’instar des radiodiffuseurs publics, EuroNews est d’avis que, dans l’avenir, la diffusion complète, simultanée et inchangée des émissions de télévision doit être autorisée, quel que soit le support utilisé.
Droits et exclusivité
Cette question des droits et de l’exclusivité débouche, dans la pratique, sur des résultats contrastés : les radiodiffuseurs sont contraints, par exemple, de masquer des éléments de leurs services de télévision mobile. Certains organismes, en Norvège notamment, diffusent alors des images d’étangs à poissons ! EuroNews est confrontée au même problème et a décidé de prendre des mesures radicales, notamment en créant un signal spécialement destiné aux téléphones portables. Ce signal, mis à disposition via SESAT, est utilisé pour tous nos services mobiles en Europe. Par ailleurs, en lieu et place des images pour lesquelles nous n’avons pas été en mesure d’acquérir les droits mobiles, nous affichons des graphiques ou diffusons d’autres programmes d’EuroNews, sans que cela change quoi que ce soit pour les téléspectateurs.
Car ce sont ces téléspectateurs qui sont au cœur de nos préoccupations.
Dans un avenir très proche, la télévision mobile devrait être radicalement différente de la télévision d’aujourd’hui et accorder une place privilégiée aux «mobisodes», épisodes de séries télé à durée réduite, qui se caractérisent par une abondance de gros plans. Ce phénomène se manifeste d’ores et déjà en Asie et dans certains pays d’Europe. EuroNews examine attentivement la question de la création de contenus destinés spécifiquement aux portables, en fonction de ces nouveaux impératifs. Nous étudions également la possibilité de créer un bulletin d’actualités pour la télévision mobile, mais nous attendons encore le plein essor, au niveau mondial, des appareils de troisième génération, pour exploiter ce nouveau produit. Un certain nombre de changements devront d’ailleurs sans nul doute être opérés en amont, au niveau de la chaîne de production, à commencer par les cameramen présents sur le terrain.
Sur 9 réseaux
EuroNews vient de lancer ses services de télévision mobile en direct sur neuf réseaux, en Autriche (Mobilkom, Hutchison 3 Austria), en Belgique (Proximus), en France (SFR, Orange), au Portugal (Vodafone, Optimus), en Espagne (Amena) et en Suisse (Orange), et met également à disposition des services vidéo à la demande par l’intermédiaire des portails i-mode et WAP, dans toute l’Europe. Rares sont ceux qui auraient pu prédire cette évolution il y a seulement dix ans et plus rares encore ceux qui peuvent dire quel chemin nous allons encore parcourir au cours des dix années à venir. Les réseaux de troisième génération pourront-ils gérer la hausse du trafic de données ? Les opérateurs câble et satellite seront-ils présents sur les plates-formes mobiles? Les réseaux DVB-H s’étendront-ils dans l’Europe entière, ne laissant que des portions congrues aux opérateurs mobiles ? Ou, au contraire, ces derniers réussiront-ils à accaparer le marché, grâce à la technologie MBMS ? Comme c’est le cas pour la technologie IPTV, la télévision mobile semble ouvrir de nouvelles perspectives, que les opérateurs présents sur des niches précises du marché paraissent mieux à même de saisir que les radiodiffuseurs «traditionnels».
Grâce à une stratégie avisée, à son point de vue unique et aux sept langues dans lesquelles elle diffuse, EuroNews détient tous les atouts nécessaires pour jouer, dans l’avenir, un rôle prépondérant dans ce secteur.
pj / nc