Allemagne : DAB : tout est réuni
Bert Pröpper, T-Systems/Digital
Radio West GmbH
Tout est réuni
En dépit d’un ralentissement de la croissance imputable à une
conjoncture difficile, la radio numérique fait un retour en force
en Allemagne. Tous les éléments indispensables sont réunis (réseau,
stations, terminaux), et réseau et récepteurs progressent
constamment en qualité et en importance.
Numérique
À l’instar de T-Systems GmbH/Media&Broadcast, sept autres
opérateurs (SNB Sendernetzbetrieb) développent et font fonctionner
le réseau DAB en Allemagne, déjà couvert à plus de 80% et où plus
de 130 stations - nombre en constante augmentation - sont déjà
reçues en numérique.
Pour doper l’essor commercial de la DAB, le SNB a créé en 2001
le groupe IMDR (Initiative pour la commercialisation de la radio
numérique). Outre de grands fabricants de terminaux, on y compte
actuellement un nombre croissant de radiodiffuseurs.
L’IMDR s’est donné pour objectif de mieux faire connaître la DAB
en Allemagne. À cet égard, le Salon IFA de 2003 a marqué une étape
importante. Plus de 60 récepteurs y étaient présentés. Une émission
de radio a été réalisée et transmise par DAB à l’occasion de cette
manifestation, qui a accueilli plusieurs milliers de visiteurs par
jour. Les retombées positives du salon se font encore sentir à
l’heure actuelle et, depuis, les fabricants de récepteurs sont de
plus en plus nombreux à entrer sur le marché.
En Allemagne, le travail de programmation dépend en grande
partie des radiodiffuseurs publics de l’ARD. Les radiodiffuseurs
indépendants jouent un rôle de second plan. On observe dans le pays
un développement de l’offre de stations thématiques que l’on ne
trouve pas en VHF. Les sociétés de service public diffusent le plus
souvent en simultané des programmes en VHF complétés par des
services de transmission de données.
La place prise par l’ARD dans le domaine de la DAB est très
importante, si l’on en juge par le succès des émissions des
radiodiffuseurs publics auprès des auditeurs et par les sommes que
rapportent les redevances. Dans un premier temps, la DAB sera
transmise sur la bande de fréquence III de la VHF (175-250 MHz). En
règle générale, des «créneaux» supplémentaires dans la bande de
fréquence L (1452-1492 MHz) couvrent les zones très peuplées et des
villes comme Munich, Berlin, Stuttgart, Cologne, etc.
La politique joue un rôle capital dans le système de
gouvernement décentralisé en Allemagne avec sa structure en Länder.
La DAB trouve un écho extrêmement favorable dans tout le pays,
ainsi qu’en témoignent les déclarations du ministre fédéral de
l’Économie, Wolfgang Clement, et du chancelier fédéral, Gerhard
Schröder. Parallèlement, différentes tendances se font jour dans
les Länder, notamment une division nette entre le Nord et le Sud.
Le sud soutient fortement la numérisation de la radio, en
particulier la DAB. C’est aussi dans ces Länder que l’on trouve le
plus grand choix d’émissions, avec Berlin. Quant aux Länder du
Nord, ils ont réfléchi longtemps à la diffusion d’émissions de
radio sur la plate-forme DVB-T, mais ont conclu que les deux
médias, radio et télévision, peuvent conserver en propre leurs
plates-formes, faites sur mesure.
Des discussions prolongées et ambiguës sur la raison d’être et
les modalités de la numérisation, discussions influencées par des
considérations politiques et sujettes à controverse, ont entraîné
une grande incertitude chez les radiodiffuseurs et les fabricants
de récepteurs.
Il y a quelques années, le gouvernement fédéral et le ministère
de l’Économie ont lancé l’Initative Digitaler Rundfunk (Initiative
pour la radio numérique), pour faire barrage à ces incertitudes. Au
sein de cet organe, des experts des ministères étudient différents
scénarii pour l’introduction de la DVB-T et de la DAB, et adressent
leurs recommandations au gouvernement fédéral. La fin de la
diffusion en VHF est prévue pour 2015.
Priorité
Le gouvernement fédéral donne clairement la priorité à la
numérisation de la radio, politique qui s’est traduite par un
projet commun à la France et à l’Allemagne, dont les bases ont été
jetées en septembre 2003 par Jacques Chirac et Gerhard
Schröder.
Le développement des récepteurs en Allemagne apparaît
extrêmement timide par rapport au Royaume-Uni, les producteurs
restant dans l’expectative à cause du débat politique. S’y ajoute
le fait que les appareils destinés à être commercialisés sur le
marché allemand devront pouvoir recevoir les émissions en bande
large et en VHF en plus de la bande III de la DAB, ce qui exige des
investissements supplémentaires. Si le marché britannique est plus
facile d’accès, c’est aussi parce que la BBC apporte un soutien
très marqué à la DAB.
De surcroît, le marché allemand est caractérisé par une certaine
«frilosité pour tout ce qui est nouveau», comme on a pu clairement
le voir lors de l’avènement du DVD.
On dénombre actuellement sur le marché allemand entre 80 000 et
100000 récepteurs, dont environ 40% sont des autoradios de la
marque Blaupunkt.
Optimisme
Néanmoins, l’avenir s’annonce des plus prometteurs. Selon la GfU
(société pour l’électronique des loisirs et des communications), il
s’est vendu en 2002 9 millions d’appareils de radio (toutes
catégories confondues, à l’exception des autoradios). Selon les
estimations les plus prudentes, les Allemands possèdent
approximativement 225 millions de récepteurs VHF (45 millions de
foyers possèdent 5 appareils en moyenne). D’après le calcul de
l’IDR, le marché des récepteurs VHF à remplacer d’ici à 2015 se
monte à plusieurs milliards d’euros.
Ces prévisions pourraient très bien se vérifier, puisque le
développement de ce marché accuse un retard de deux ans sur celui
du Royaume-Uni.
Toutefois, l’Europe faisant montre d’un dynamisme exceptionnel
depuis quelques mois, l’impulsion venue du Royaume-Uni n’est pas le
seul facteur appelé à jouer un rôle déterminant en Allemagne.

France : la DAB en bonne voie
Depuis avril 2003, le déploiement de la
DAB est mis en place
Le ministre français de la Culture et de la Communication a
installé un groupe de travail regroupant les acteurs concernés par
la numérisation de la diffusion : radios, opérateurs techniques,
syndicats professionnels, qui a remis au gouvernement, en janvier
2004, une proposition d’adaptation de la législation française
permettant le développement de la radio numérique.
Présenté selon la procédure d’urgence, et adopté par les
députés, le projet de loi présenté ensuite au Sénat entrera en
vigueur très probablement avant l’été.
Cadre juridique
La future loi répond aux scénarii retenus par le groupe de
travail, à savoir l’extension des zones de couverture et
l’enrichissement de l’offre par des données associées et de
nouveaux programmes. Les ressources générées par la numérisation
serviraient à étendre la couverture des services actuels dans les
zones où il existe une pénurie de fréquences analogiques ; dans le
même temps, ces ressources permettraient de diffuser des services
de données accompagnant les services sonores et de proposer de
nouveaux services, comme des programmes thématiques pour un marché
plus ciblé. À plus long terme, la migration généralisée des
services analogiques vers le numérique est visée.
Le texte prévoit la possibilité d’appel aux candidatures
nationales, régionales ou locales; reconnaît le droit des acteurs
existants à réaliser leur transition au numérique, tout en
permettant l’apparition de nouveaux entrants et de nouveaux
programmes; ouvre la possibilité d’une présentation des
candidatures par programmes ou par blocs ; contient des
dispositions permettant au Conseil supérieur de l’audiovisuel
français de jouer sur la composition des blocs pour assurer et
maintenir la pluralité des programmes.
Certaines dispositions ont clairement pour but d’inciter les
opérateurs à s’engager dans la voie de la numérisation :
- les autorisations seront délivrées par le CSA pour une durée de
dix ans renouvelée deux fois pour cinq ans, soit un total de vingt
ans (quinze ans pour l’analogique) ;
- le calcul des seuils anticoncentration est modulé dans un sens
très favorable au
numérique.
Le CSA
S’appuyant sur cet environnement juridique favorable, le Conseil
supérieur de l’audiovisuel français va pouvoir lancer les appels
aux candidatures auprès des opérateurs désirant assurer la
diffusion numérique de leurs programmes.
Pour l’autorité de tutelle, la radio numérique est la seule
solution permettant d’accroître la diversité des programmes en
France.
Les fréquences
Le CSA veut réaliser la transposition numérique du paysage
radiophonique et l’enrichir. Cela pose la question de la
disponibilité des fréquences sur les deux bandes attribuées au DAB
: la bande III et la bande L.
La bande L devrait être uniquement consacrée à la diffusion
locale de programmes : elle ne permet pas de couverture régionale
ou nationale à un coût compétitif (environ quatre fois plus élevé
que la bande III sur des zones étendues, le maillage des émetteurs
étant plus resserré). Trois blocs sont disponibles sur l’ensemble
du territoire français; ils ont été alloués par la CEPT (European
Conference of Postal and Telecommunications) en 1995.
En bande III, techniquement bien adaptée pour la diffusion
régionale et nationale, la France n’avait pas formulé de demande
d’allocation, certaines fréquences étant alors occupées par des
réémetteurs de télévision analogique et par l’ancien système de
téléphonie mobile Radiocom 2000.
Aujourd’hui, des fréquences sont disponibles sans réaménagement
: cinq blocs sur plusieurs régions et de trois blocs au minimum
pour l’ensemble du territoire. La France formulera les demandes
lors de la CEPT 2005.
Fusée à trois étages
L’exemple des autres pays européens, et particulièrement celui
de la Grande-Bretagne, nous a appris que les conditions du succès
public et commercial de la radio numérique répondent à la mise en
orbite réussie d’une fusée à trois étages :
- une couverture significative : 70% de la population et les
principaux axes routiers. Face à la volonté politique des pouvoirs
publics, dans un cadre juridique conforme à leurs attentes, les
opérateurs de diffusion devront mettre en place les réseaux de
diffusion numérique ; ils semblent tous décidés à s’engager dans
cette voie, au rythme des appels à candidatures du CSA ;
- de nouvelles radios et de nouveaux contenus : les radios
existantes, où de nouveaux entrants devront développer de nouveaux
programmes ou exploiter un accroissement de leur zone de
couverture. Les succès remportés par les appels aux candidatures
sur la bande FM lorsqu’une fréquence se libère, ou en DAB dans le
cadre expérimental (deux cents services candidats à Paris en 2000
!), ne laissent planer aucune inquiétude à ce sujet ;
- des récepteurs disponibles à des prix abordables : le
«décollage» depuis deux ans du marché anglais ouvre la voie. La
gamme des postes numériques s’étoffe, les prix baissent (à partir
de 100€), ce qui est compatible avec un marché de grande
consommation.
Vivement !
Il faut harmoniser les actions des différents acteurs
économiques de la radio numérique. C’est le but de l’association
«Vivement la radio numérique !», interlocuteur unique au service de
la promotion de la radio numérique en France pour :
- informer par www.radionumerique.org et sa lettre
d’information DIGITAL NEWS ;
- communiquer, à travers des campagnes de promotion, avec ses
radios partenaires ;
- promouvoir le lancement des nouveaux récepteurs, en partenariat
étroit avec les fabricants et les opérateurs radio ;
- coordonner les différentes actions programmées pour assurer le
déploiement de ce mode de diffusion en France ;
- participer activement au succès de la radio numérique, en
démontrant qu’elle permet plus de radios, d’autres radios, plus que
de la
radio.
pj / ep