La marque dans la décision du téléspectateur de regarder
une chaîne plutôt qu’une autre
Quand on interroge le téléspectateur, sa réponse est
systématique : aucun, «Je regarde les programmes qui me plaisent là
où ils passent. La chaîne n’a aucune importance.»
Les marques ne sont pas à la mode. Le soupçon pèse sur elles. On
estime que, tout comme la publicité, elles cherchent à manipuler le
téléspectateur et qu’elles contredisent sa revendication de liberté
: «Je veux regarder ce que je veux, quand je veux.»
Cette revendication de liberté du téléspectateur semble aller
dans le sens de l’histoire avec :
| |  | le développement de l’offre enrichie de télévision (câble et
satellite) et le développement régulier de l’audience des «petites
chaînes» thématiques au détriment des chaînes thématiques
; |
| |  | de nouveaux moyens : la télécommande, les guides de programmes
électroniques, les décodeurs/enregistreurs numériques (Platinium /
Tivo, etc.) ; |
| |  | les nouvelles catégories de la décision du téléspectateur : le
programme et le genre (sport, cinéma, jeunesse, musique,
etc.). |
Faut-il donc abandonner le marketing des chaînes pour ne plus se
consacrer qu’au marketing des programmes ? Quelques exemples
permettent de méditer sur l’indépendance des programmes et des
chaînes.
Le Sidaction a été diffusé en avril 1994 comme programme unique
sur toutes les chaînes, mais les parts de marché sont restées
constantes sur chaque chaîne.
Les matches de football de Ligue 1 sont un succès sur Canal Plus
(28 % de parts d’audience), mais recueillent un accueil plus mitigé
sur TPS Star (11% de parts d’audience).
24h00 Chrono : série à succès sur Canal Plus, mais relative
contre-performance sur TF1 (2,6 millions de téléspectateurs, 25,3 %
de parts d’audience).
Deux conclusions : les marques de chaînes jouent un rôle actif
dans le choix des téléspectateurs et les téléspectateurs (se)
mentent.
Les chaînes jouent leur rôle de marque sur le marché de la
télévision. Comment les chaînes jouent-elles ce rôle de marque
auprès des téléspectateurs ?
Une marque, c’est :
| |  | un positionnement : des valeurs, des représentations associées
à la marque, |
| |  | des codes, des signes distinctifs : un logo, une charte
graphique, un habillage, un style général, |
| |  | un contrat : une promesse de qualité pour son produit ou son
service et une manière de s’adresser à son public. |
TF1, Arte
TF1 est la première chaîne européenne, qui diffuse les
programmes les plus rassembleurs d’audience (télé-réalité,
blockbusters, football et Formule 1), soit 35% de parts de
marché.
Les valeurs de TF1 sont la puissance, l’argent et une certaine
«vulgarité» assumée, sans complexe.
Les codes, les signes distinctifs de la chaîne sont un code
couleur «national» : bleu (blanc) rouge et un graphisme carré
évoquant la puissance et l’équilibre.
Le contrat, la promesse : vous ne nous choisissez pas parce que
vous nous aimez, mais parce que nous vous offrons un spectacle que
vous pourrez toujours regarder en famille, dans lequel nous aurons
mis les plus gros moyens, conçu pour vous détendre et vous
distraire.
Arte, chaîne culturelle franco-allemande, cherche à contenter un
public exigeant, sans se préoccuper de son nombre.
Les valeurs : rigueur, échange entre les cultures.
Les codes, des signes distinctifs : codes minimalistes et
discrets (peu de couleurs), logo coupé dans la longueur qui ne fait
voir qu’une partie des lettres et laisse deviner l’autre symbole
d’ouverture, évocation d’un «au-delà» de l’image.
Le contrat, la promesse : vous nous choisissez parce que vous
souhaitez vous cultiver tout en vous délassant. Vous appréciez la
retenue, le contrôle de l’image et des émissions. Vous aimez une
certaine rigueur dans la forme.
Alors, pourquoi se poser tant de problèmes à construire des
marques ? Pourquoi se compliquer la vie à la développer et la gérer
? On entend souvent dire : «Une bonne chaîne ce sont de bons
programmes. Produisons et achetons de bons programmes et le public
viendra nous voir.»
Rôle de la marque
La marque ne sert qu’à une seule chose : faire choisir les
programmes
| | | en les identifiant car l’abondance des programmes, c’est aussi
leur confusion ; chaque soir en France les chaînes hertziennes
proposent en moyenne 24 programmes ; avec le câble ou le satellite
(40 chaînes) on arrive à 160 programmes, une offre qui ne peut être
maîtrisée par le téléspectateur. Les marques servent à réduire la
diversité de l’offre ; |
| |  | en garantissant la qualité. La marque, avec ses valeurs, sa
promesse, est un gage et une indication de la nature et de la
qualité du programme diffusé. |
La marque aide à choisir parce qu’elle rassure. Choisir est
toujours un risque, une incertitude. La marque sert à le réduire,
permet de se repérer et fait gagner du temps. C’est une histoire
qui s’inscrit dans la durée. En rassurant, elle garantit
l’avenir.
Pour qu’on vous croie, il faut que vous ayez déjà donné des
garanties. Une marque se construit toujours lentement, c’est une
accumulation de preuves (les programmes), mais une marque peut se
détruire très vite. Une marque s’entretient constamment avec des
preuves renouvelées qu’elle est bien ce qu’elle prétend
être.
Anatomie d’un succès
Le 7 janvier 2003, France 3 diffuse «l’Odyssée de
l’espèce», un documentaire sur les origines de l’humanité,
documentaire qui sera regardé par 8,7 millions de téléspectateurs,
34,2% de parts d’audience (score moyen de la chaîne 16% !). France
3 est en tête des audiences pour cette soirée.
Un tel succès est-il possible sur une autre chaîne ? Le
programme était un documentaire, un programme éducatif et un
programme innovant.
France 3 est une marque forte de service public, une chaîne
généraliste (fictions, magazines de société, documentaires,
divertissement), avec deux caractéristiques :
| |  | une part importante réservée aux programmes
régionaux, |
| |  | des diversités de style dans les programmes : familiaux,
décalés. |
Les valeurs de France 3 sont la proximité, la transmission et
l’innovation.
Les codes, les signes distinctifs : les codes de France
Télévision avec un bleu naturel (par opposition au bleu
institutionnel). Le bleu est dans la plupart des cas (notamment
pour le service public) une couleur institutionnelle (froide,
organisée, impersonnelle) : IBM, France Télécom (avant Orange,
etc.). Mais l’origine du bleu vient d’un programme phare de la
chaîne : «Thalassa», un programme sur la mer, qui « marche » depuis
longtemps, incarne les valeurs de la chaîne et crée une
histoire de la marque dans laquelle pourront s’inscrire d’autres
programmes.
Le contrat, la promesse : vous nous choisissez parce que nous
sommes comme vous, et vous êtes comme nous.
Le programme n’est pas une marque, mais il fait vivre la
marque.
Ce qui fait la marque, c’est la durée, la possibilité de faire
histoire, la capacité à capitaliser et à évoluer.
Le programme n’est pas fait pour évoluer : il est un moment dans
l’évolution de la marque. Le programme est mortel, la marque
est «immortelle».
Idées fausses
L’idée de chaînes/marques n’est pas adaptée aux modes de
consommation des nouveaux téléspectateurs. La marque évolue
lentement/le téléspectateur fait ses choix en quelques secondes. La
marque organise la grille des programmes/le téléspectateur veut
être son propre directeur de la programmation.
C’est faux : plus l’implication du consommateur est faible, plus
il a besoin de marques fortes pour se décider vite. Plus l’offre
est abondante, plus le téléspectateur a besoin de repères et de
réassurances.
Le développement de nouvelles marques accroît encore la
compétition et «seuls les plus adaptés survivront». La
multiplication des marques accroît encore la force des
marques.
Le service public n’est pas concerné par cette évolution. La
multiplication des chaînes et des programmes est l’indice d’une
généralisation de la logique commerciale. Le service public n’a
rien à voir là-dedans : il a une autre logique de
développement.
C’est faux. Ce ne sont pas les chaînes qui décident s’il doit y
avoir compétition ou pas : c’est le téléspectateur, qui met tous
les programmes en compétition (publics comme privés).
Le service public doit développer sa spécificité et son identité
comme des valeurs de marques qui peuvent être comparées aux autres.
Le marketing du service public ne signifie pas «courir derrière
l’audience», mais gérer sa marque sur le long terme et capitaliser
ses programmes sur son territoire de marque.
Les marques et Internet
Craig Lister, «Business Development
Director», DealGroupMedia
En Europe, on compte 200 millions
d’internautes
170 millions dans l’Union européenne et 30 millions dans les
autres pays européens de la région. 45% de la population de l’Union
utilisent Internet (autres pays européens : 8%), une utilisation
qui a augmenté de 93% entre 2000 et 2003 (pays de l’Union : plus
86% ; autres pays européens : 14%).
L’utilisation d’Internet est en constante augmentation, avec les
dangers que cela implique pour les marques :
| |  | plus elle suscite d’intérêt… |
| |  | plus la demande pour cette marque augmente... |
| |  | ce qui crée de nouvelles possibilités en termes de
pénétration. |
Les radiodiffuseurs doivent donc savoir comment leur marque est
utilisée sur Internet ! Hors ligne, il est facile de mesurer les
résultats des programmes (chiffres d’audience). En ligne, vous
pouvez consulter le volume de visites enregistrées sur votre site
et contrôler les résultats obtenus par d’autres grands sites
Internet.
Pourquoi est il important d’évaluer la notoriété de sa marque
sur Internet ?
Il faut savoir gérer efficacement la présence de sa marque dans
trois domaines : vis-à-vis de l’activité de l’entreprise, de son
marché et de sa stratégie. Cela est nécessaire pour :
| |  | maintenir l’intégrité de la marque ; |
| |  | s’assurer que les informations sont correctes et actualisées
; |
| |  | gérer la réputation de la marque et de l’entreprise ; |
| |  | limiter les pertes dues au marché gris, à la contrefaçon et à
la piraterie ; |
| |  | comprendre la perception de la marque ; |
| |  | connaître le point de vue des utilisateurs ; |
| |  | réserver et protéger la marque sur l’Internet ; |
| |  | agir par anticipation. |
Les risques
La protection de la marque doit être efficace contre les
atteintes au droit d’auteur par une utilisation illicite du logo,
du domaine, du nom.
Les radiodiffuseurs peuvent trouver des sites Internet officiels
ou non avec leur marque ou les programmes diffusés sur leurs
chaînes. Avec des émissions populaires telles que «Big Brother», on
trouve des centaines de sites qui comportent :
| |  | le radiodiffuseur ; |
| |  | les réalisateurs ; |
| |  | les fans ; |
| |  | les sites d’actualités et médias. |
http://www.channel4.com/bigbrother/
http://www.bigbrotheronline.co.uk/
http://www.bigbrother.u4l.com/
http://www.big-brother-uk.co.uk/
http://www.bigbrothersa.com/
http://www.bigbrother.be
http://www.bigbrother.de
http://www.bigbrother.no/
http://www.bigbrother.pt/
La protection de la marque doit être efficace contre les autres
formes d’atteinte au droit d’auteur :
| |  | piraterie et «streaming» de contenu ; |
| |  | distribution illicite ; |
| |  | contrefaçon ; |
| |  | produits non cédés sous licence. |
Sur Internet, la distribution de matériels protégés est aisée
entre les individus, notamment grâce à l’IRC, FTP, P2P et les
Newsgroups. Les radiodiffuseurs et les sociétés de production TV
perdent ainsi des millions d’euros.
Une solution peut être de commercialiser intensément une marque
ou une licence pour autant de produits que possible, mais il y a
risque de contrefaçons et de marché gris sur la popularité. Les
radiodiffuseurs sont responsables de la création de marque hors
ligne, mais reçoivent-ils des royalties ?
Les émissions TV connaissant un «merchandising» très poussé
risquent de voir les téléspectateurs acheter des produits non
officiels, des contrefaçons ou des articles d’origine incertaine.
L’achat en ligne se fera vraisemblablement à partir de sites
Internet et par enchères tels que «ebay».
Les chances
Sur Internet le radiodiffuseur peut agir sur sa marque avec
:
| les informations qu’il fournit : |
| | • | grilles des programmes |
| | • | sites actualités et médias |
| | • | campagnes publicitaires |

| et les informations recueillies des téléspectateurs ou auditeurs
dans : |
| | • | les groupes de discussion |
| | • | les sites de fans |
| | • | le service informatisé d’échange d’informations («message
boards»)/forums |
| | • | les sites d’opinion. |
Suivre les réactions positives et négatives permet d’exploiter
la connaissance des consommateurs et du secteur :
| |  | connaissance de la concurrence |
| |  | groupes de focalisation virtuelle |
| |  | positionnement de marque avec marché cible |
| |  | satisfaction de l’audience |
| |  | étude de marché |
| |  | connaissance des consommateurs. |
Les chaînes de communication en ligne reçoivent de nombreux
commentaires de la part des consommateurs. Cela peut être très
bénéfique aux propriétaires de marques, aux radiodiffuseurs et aux
réalisateurs de programmes :
| |  | sites d’opinions |
| |  | groupes d’actualités |
| |  | panneaux de messages |
| |  | sites d’analyse et de comparaison |
| |  | sites de fans et groupes d’intérêt. |
Identifier ces groupes permet d’engager le dialogue avec
l’audience, d’augmenter les taux d’audience et de créer de fortes
relations avec l’audience.
Trouver ce qu’ils font et ce qu’ils n’aiment pas dans les
émissions et contribuer à améliorer la fidélité à la chaîne ou au
programme radio/TV.
Autres interrogations
Autres interrogations concernant la marque sur le Web : sa
portée géographique et sa facilité d’accès
Géographie :
| |  | Regarde-t-on (ou parle-t-on de) votre chaîne dans d’autres pays
? |
| |  | Des communautés ailleurs en Europe parlent-elles de vos
programmes ? |
| |  | Davantage de commentaires en ligne grâce à la diffusion accrue
par câble et satellite? |
Accès
Avec de plus en plus d’internautes utilisant des moteurs de
recherche en Europe, comment s’effectue la recherche de votre
marque sur le Web :
| |  | combien de temps prend votre audience pour trouver votre
site, |
| |  | en cherchant votre programme ou votre chaîne, que trouvent-ils
également, |
| |  | votre site Internet donne-t-il des infos supplémentaires sur la
chaîne ou les programmes, |
| |  | les gardez-vous assez longtemps sur votre site avec des sites
éditoriaux et des microsites ? |