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DIFFUSION en ligne – 2006/23

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Faire la différence
Christian S. Nissen, rédacteur, consultant indépendant

La radiodiffusion de service public dans le paysage audiovisuel européen

« Faire la différence » s’adresse à tous ceux qui participent au processus décisionnel, en matière de politique et de stratégie, dans le monde des media. Cet ouvrage intéressera également les journalistes et les chercheurs, car il examine les grandes questions auxquelles sont confrontés aujourd’hui les radiodiffuseurs de service public.

Comment peuvent-ils exister et survivre dans un environnement médiatique qui devient chaque jour plus concurrentiel et impitoyable ? Avons-nous encore besoin des radiodiffuseurs de service public ?  La radiodiffusion publique arrive-t-elle encore à sortir du lot ?  Quels sont ses obligations culturelles, son rôle politique et sa mission dans le marché dualiste européen des médias ?  Quels changements seront amenés par les nouveaux médias, l’Internet et les technologies numériques ? Quel impact auront ces changements sur le marché des médias ?  Quel est le rôle des gouvernements et des parlements par rapport aux radiodiffuseurs publics ?  Quelles sont les implications de la réglementation européenne pour le marché des médias ?  Les médias publics sont-ils véritablement en mesure de montrer leur valeur ou sont-ils comme des dinosaures menacés d’extinction dans le nouveau et difficile paysage médiatique qui se met en place dans l’Europe moderne? 

Il n’existe aucune réponse facile. Il n’y a aucune solution globale «toute prête» permettant de répondre à ces questions essentielles. La mission et le rôle des radiodiffuseurs de service public ne peuvent être compris que s’ils sont replacés dans le contexte plus général du débat qui consiste à déterminer dans quel type de société nous voulons vivre et à définir les valeurs que nous voulons défendre et développer pour notre société. 

Une série d’articles écrits par des experts représentant différents points de vue a permis d’enrichir le débat auquel participent avec enthousiasme hommes politiques et radiodiffuseurs, qu’ils soient publics ou privés, avec en toile de fond un marché qui n’a jamais été aussi concurrentiel et diversifié.

André Lange* analyse l’évolution du marché européen de la télévision depuis sa naissance, vers la seconde moitié du 20e siècle, jusqu’à aujourd’hui. Il affirme que l’apparition simultanée de difficultés financières, auxquelles doit faire face le secteur de la radiodiffusion, et l’émergence des nouveaux médias numériques ont remis en question la viabilité à long terme du modèle dualiste des médias existant actuellement en Europe.  

En adoptant un point de vue sociopolitique, Slavko Splichal* affirme que les médias publics sont au service de la société civile et qu’ils représentent le dernier bastion capable de protéger la démocratie moderne, dans la mesure où ils permettent aux citoyens de participer aux débats publics et au processus décisionnel.

Karol Jakubowicz* analyse le rôle culturel et les obligations tout à fait spéciales des médias publics. Il étudie également comment leur rôle s’est développé tant au niveau de la communauté que du point de vue social, politique et géographique.

Ce thème est repris par David Ward*, qui examine les arguments avancés traditionnellement par l’État pour justifier ses interventions dans le secteur de la radiodiffusion. La radio et la télévision de service public devraient-elles être les seuls fournisseurs de contenu soumis à des obligations démocratiques et culturelles ?  Le secteur privé n’est-il pas en mesure de respecter lui aussi de telles contraintes ?  Les arguments généralement mis en avant pour soutenir la radiodiffusion de service public résistent-ils à la pression exercée par un monde au sein duquel la télévision multichaîne et la flexibilité des consommateurs prennent de plus en plus d’importance?

L’un des principaux défis stratégiques auxquels sont confrontés les radiodiffuseurs de service public est la mise à disposition de la totalité du contenu sur l’ensemble des plates-formes afin de remplir toutes les obligations. Il s’agit d’un point essentiel et ses implications sont évoquées par Christian S. Nissen*, Claudio Cappon* et Peter Olaf Looms* dans leurs trois articles. Looms, notamment, est d’avis que les défis auxquels doivent faire face les organismes médias publics à l’ère du numérique peuvent être relevés efficacement avec des stratégies de production et de distribution bien définies, qui optimisent l’audience grâce à la distribution sur plusieurs plates-formes et intermédias.

L’essor remarquablement rapide de l’Internet et de l’accès à la demande pose aux organismes médias euro-péens un certain nombre de pro-blèmes concernant la gestion des droits d’auteur. Damian Tambini* fait un tour d’horizon des principaux services publics à la demande et des services d’archives fournissant du contenu audiovisuel en Europe. En outre, il passe en revue différents modèles permettant de gérer cette situation.

Carmen Caffarel* et Mario Garcia de Castro* étudient les questions de l’indépendance éditoriale et de l’autonomie des radiodiffuseurs de service public – si importantes pour la fiabilité et la crédibilité – dans le cas où le radiodiffuseur est détenu ou contrôlé par l’État. Les auteurs donnent plusieurs exemples récents qui ont pu être observés dans différents pays européens et dans lesquels sont impliqués des radiodiffuseurs publics et leurs gouvernements. Ces conflits ont ainsi permis d’identifier les points faibles du modèle où le radiodiffuseur public est dépendant de son gouvernement. 

De temps à autre, sont proposées des solutions radicales pour éliminer cette faiblesse de la gouvernance de la radiodiffusion de service public et un certain nombre d’autres problèmes liés au modèle médiatique dualiste. Les organismes publics ne pourraient-ils pas être privatisés ou transformés en entités capables de générer des bénéfices pour l’État ?  Leurs obligations de service public et leurs fonctions de production de contenu peuvent-elles être confiées en sous-traitance au secteur des médias privé et financées avec de l’argent public ?  Margie Comrie* et Susan Fountaine* retracent l’histoire de la libéralisation des médias en Nouvelle-Zélande au cours des années quatre-vingt-dix et décrivent la tentative actuelle visant à réinventer la télévision de service public, qui tient compte des essais précédents tant au niveau de la réglementation que de la dérégulation dans le secteur de la radiodiffusion.

Thomas Kleist* et Alexander Scheuer* analysent le débat sur la réglementation, sans cesse relancé par l’internationalisation du marché des médias électroniques, qui porte principalement sur le contrôle des aides d’État en rapport avec le financement public de la radiodiffusion. Les auteurs examinent le délicat équilibre de la réglementation européenne dans ce domaine, afin de déterminer dans quelle mesure la mission confiée à la radiodiffusion de service public et son financement sont considérés comme une question qui relève de la compétence de chaque pays membre et si les media publics se sont perdus dans les complexités de la législation européenne sur la concurrence. Les auteurs démontrent que ce qui est en jeu est l’approche adoptée par chaque État membre vis-à-vis de ses radiodiffuseurs publics, à un moment où la Commission européenne envisage une approche d’ordre économique.

Robert G. Picard* étudie en détail les difficultés auxquelles les radiodiffuseurs de service public doivent faire face en matière de financement, compte tenu d’un marché des médias en continuelle évolution, de l’arrivée de technologies nouvelles et surtout de l’évolution du comportement des utilisateurs, qui fait que les téléspectateurs et les auditeurs se comportent de plus en plus comme des clients individuels que comme un public uni.

 


 

* André Lange, directeur à l’Observatoire européen de l’audiovisuel    

Slavko Splichal, directeur de l’Institut européen de la communication et de la culture 

Karol Jakubowicz, directeur au Conseil national de l’audiovisuel polonais    

David Ward, consultant auprès d’organisations gouvernementales et nongouvernementales 

Claudio Cappon, professeur d’économie à l’université de Rome 

Peter Olaf Looms, consultant à DR   

Damian Tambini, professeur à l’université d’Oxford   

Carmen Caffarel, professeur à l’université Rey Juan Carlos 

Mario Garcia de Castro, professeur à l’université  Rey Juan Carlos 

Margie Comrie, professeur à l’université de Massey, Nouvelle-Zélande 

Susan Fountaine, professeur à l’université de Massey, Nouvelle-Zélande 

Thomas Kleist, président de l’Institut européen du droit des media 

Alexander Scheuer, directeur général de l’Institut européen du droit des media 

Robert G. Picard, directeur à la Jönköping International Business School 

Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS    



 

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Dernière mise à jour 07.06.2006