english   |   site map    |   Lounge UER   |   eurovision.net    |  recherche   recherche avancée
  HomePage > L'Union > Diffusion en ligne > Radio
  Au sujet de l'UER   
    Bureaux   
    Gouvernance   
    Direction   
    Media Centre   
    Publications   
      EBU viewpoint   
      Revue Technique   
      SIS reports   
    Calendrier   
  Membres   
  Radio   
  EurovisionTV   
  Eurovision Opérations   
  Affaires Juridiques & Internes   
  Technique   
  HR & Training   
  SIS   
  Contactez-nous   
 

DIFFUSION en ligne – 2004/12

Voice of America
Morand Fachot, attaché médias, UER

 

Le secret le mieux gardé d’Amérique

Voice of America diffuse plus de 1 000 heures de programmes en 55 langues pour quelque 94 millions d’auditeurs dans le monde entier. Deuxième station de radio internationale au monde, elle est une quasi-inconnue aux États-Unis, à cause de la loi Smith-Mundt de 1948, interdisant toute diffusion d’émissions ou publicité de VOA sur le territoire américain.

Alan L. Heil Jr.*, après trente-six ans à VOA, consacre son ouvrage « Voice of America: a history » à un portrait détaillé et captivant d’une « grande institution nationale parfois héroïque, mais aussi fragile et menacée », son lancement, le 25 février 1942, jusqu’à son 60e anniversaire.

Pearl Harbor

VOA commence à émettre soixante-dix-neuf jours seulement après Pearl Harbor, en annonçant à ses auditeurs, lors de sa première émission, en allemand : « Ici la Voix de l’Amérique... Les nouvelles peuvent être bonnes, elles peuvent être mauvaises, mais nous rapporterons la vérité. » Depuis, estime Alan L. Heil Jr., la station a constamment lutté pour maintenir son indépendance éditoriale face aux constantes pressions d’ordre politique et financier et il conte en détail succès et difficultés de VOA , en prenant soin de toujours les replacer dans le contexte national et/ou international.

Ingérences 

Le livre souligne l’importance accordée à la radiodiffusion internationale par les administrations successives à la Maison-Blanche, dans le cadre de leur diplomatie publique. Toutefois, l’auteur montre comment les pressions, souvent considérables, exercées pour influencer le contenu éditorial, par toutes les autorités chargées de la politique étrangère - de la Maison-Blanche aux diplomates américains en poste à l’étranger -, ont porté atteinte à la diplomatie publique américaine, qui a subi, et subit encore, le contrecoup de ces ingérences dans les activités de VOA. 

L’une des conclusions principales de ce livre est que Washington bénéficierait davantage de sa considérable « puissance douce » (« capacité à atteindre les objectifs souhaités dans le domaine des affaires étrangères, par la persuasion et non par la coercition», selon Joseph S. Nye1) en garantissant l’indépendance, et par la même occasion la crédibilité, de VOA.

Le dernier chapitre du livre « VOA au XXIe siècle : la lutte continue », ne prévoit pas la fin imminente des tentatives d’ingérence politique dans les affaires de VOA.

Discipline à part

Alan L. Heil Jr. agrémente son récit de transcriptions d’émissions et d’anecdotes recueillies auprès de dizaines de collaborateurs et d’auditeurs, conférant au livre une dimension humaine, émouvante ou amusante. Le chapitre « Récits des grandes évasions de VOA » décrit la vie hors du commun de certains collaborateurs étrangers de la station, qui ont contribué à créer et entretenir la réputation de celle-ci au fil des ans.

Bon nombre des descriptions du travail à VOA peuvent s’appliquer également à des services similaires dans d’autres pays et l’auteur brosse un portrait précis des particularités qui font de la radiodiffusion internationale une discipline à part, notamment le profond respect des spécificités et des sensibilités des audiences étrangères et le soin pris pour transposer des concepts et des idées dans d’autres langues, pour des auditeurs issus de cultures différentes.

Il examine également les défis que les radiodiffuseurs internationaux vont devoir affronter et, par de fréquentes références à des services similaires dans d’autres pays, il fait mieux comprendre la place de VOA sur la scène de la radiodiffusion internationale.

Particularités

Au fil des ans, VOA a développé des programmes spécifiques qui ont augmenté sa popularité et fait connaître les valeurs américaines à l’étranger comme les programmes musicaux et les programmes en special english. Ces derniers, utilisant seulement 1 500 mots (alors que le vocabulaire en recense quelque 250000), sont lus bien plus lentement que les programmes en anglais courant. Initialement conçus pour contrer les effets du brouillage et pour faciliter l’écoute en ondes courtes, ils ont rencontré un franc succès dès leurs débuts, en octobre 1959, et cet anglais simplifié, utilisé à l’origine pour les actualités, a ensuite été adopté pour d’autres programmes. 

La musique, cette « langue universelle», a également contribué à la réputation de VOA à l’étranger, notamment avec Willis Connover, qui a popularisé le jazz pendant quarante ans auprès de millions d’auditeurs dans le monde entier, notamment en Europe de l’Est et en Union soviétique. 

Nature singulière

Ce livre souligne la nature singulière de VOA dans l’environnement de la radiodiffusion américaine : il s’agit d’un véritable radiodiffuseur de service public, financé par de l’argent public et assurant une mission de service public. 

Son auteur montre comment, au moyen d’un «journalisme neutre et crédible», la volonté de VOA de devenir « la voix de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer» a fait d’elle « un radiodiffuseur respecté et apprécié » au niveau mondial grâce aux programmes spéciaux destinés à faciliter la réunification des familles de réfugiés en Afrique centrale, les campagnes de santé publique en Inde et les pro-grammes en faveur des droits de l’homme en Amérique centrale. 

Trop de VOA ?

Aujourd’hui, de nouvelles stations financées par les États-Unis apparaissent (et disparaissent) régulièrement, entraînant parfois la fin de services bien établis de VOA, comme son service arabe, remplacé en avril 2002 par Radio Sawa, qui diffuse un mélange de musiques arabe et pop, entrecoupé de bulletins d’actualité, destiné aux jeunes auditeurs du monde arabe. L’ancien correspondant au Moyen-Orient et directeur des centres de programmes de Beyrouth et du Caire qu’est Alan L. Heil Jr. le regrette visiblement.

Faisant écho à ce livre, Kim Andrew Elliot, analyste média renommé de VOA, parle de l’apparition d’un « trop grand nombre de Voix de l’Amérique ». 

Il est en effet paradoxal de voir que les plus grandes menaces contre VOA viennent des administrations américaines, aux objectifs fluctuants et dont l’influence exercée sur les activités de VOA est déstabilisante. 

Les exemples les plus récents de cette politique sont, en février 2004, la fermeture de dix services de VOA et de six services de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) destinés aux pays baltes ainsi qu’à l’Europe centrale et orientale, et le lancement simultané d’al-Hurra, « la Libre », chaîne de télévision en langue arabe financée par le gouvernement américain. 

Al-Hurra, décrite comme « un brillant exemple dans un marché des médias dominé par le sensationnalisme et la distorsion » par Kenneth Tomlinson, président du Broadcasting Board of Governors, agence fédérale supervisant l’ensemble de la radiodiffusion internationale américaine non militaire, a immédiatement été qualifiée, dès son lancement le 14 février, de « biaisée, arrogante et condescendante » par de nombreux journaux arabes.

L’annonce récente d’importantes coupes des programmes en anglais de VOA à la fin mars 2004 prouve que même les services de base de la station sont désormais également menacés. 

Ces derniers développements montrent que ce livre est bel et bien au cœur de l’actualité. 

____________________

Version actualisée de la critique de ce livre publiée dans International Affairs, Journal of the Royal Institute of International Affairs (janvier 2004).
www.riia.org.uk

Voice of America: a history - Alan L. Heil Jr., New York, NY : Columbia University Press. 2003. 544 p. Index. $37.50. ISBN 0 231 12674 3.

1 Doyen de la Kennedy School of Government, ancien secrétaire d’État adjoint à la Défense pour les affaires de sécurité internationale (1994-95).

* Alan L. Heil Jr. en 36 années à VOA a occupé une grande variété de postes. Débutant comme rédacteur stagiaire, avant de devenir correspondant au Moyen-Orient, puis responsable des actualités, il a terminé sa carrière comme directeur adjoint de VOA.



© UER 2004
Dernière mise à jour 22.07.2004