Innover
Jonathan Marks, directeur de
Critical Distance BV, Pays-Bas, ancien directeur de la création à
Radio Netherlands
Copier la BBC ?
Sur le continent européen, la Grande-Bretagne est considérée
comme un leader notamment en ce qui concerne les applications
numériques novatrices sur le Web, les guides électroniques de
programmes et la TNT. Les hommes politiques européens estiment que
les radiodiffuseurs publics devraient copier la BBC, puisque la
Beeb parvient à exploiter plusieurs réseaux TV nationaux
populaires, cinq réseaux de radio nationaux et que ses ventes de
programmes complètent largement la redevance.
En réalité aucun pays européen n’a les moyens de copier la BBC,
qui constitue l’«exception à la règle» avec des niveaux de
financement qui font rêver la plupart des autres radio-diffuseurs
d’Europe.
Si on reprend les résultats d’une récente enquête Radio de
l’UER, on voit que la tranche médiane du marché de la
radiodiffusion semble disparaître. Les organisations deviennent des
acteurs nationaux ou mondiaux ou se trouvent confrontées au
douloureux choix de se spécialiser dans certains secteurs, ou de se
vaporiser. Pourtant, les idées créatives ne sont pas l’apanage des
acteurs mondiaux. Cyprus Broadcasting Corporation, par exemple, a
su jouer son rôle de «plaque tournante» des signaux par satellite
en provenance des États-Unis, d’Europe et d’Asie.
Ces trois régions du globe sont captées par les antennes
paraboliques sur cette île à la position stratégique dans le bassin
méditerranéen. Cette nouvelle activité procure des avantages
techniques aux autres maillons de la chaîne de radiodiffusion
nationale.
À Radio Netherlands, de nombreux nouveaux concepts ont été
couronnés de succès, certains en interne, les premières expériences
du système DRM, système qui donne à la MA les sonorités de la MF
tout en conservant les considérables avantages des ondes longues,
moyennes et courtes en termes de couverture, d’autres en
collaboration avec l’un de nos 6000 partenaires de radiodif-fusion
du monde entier.
À côté de ces grands projets, beaucoup d’erreurs ont été
commises.
Alors, comment choisir les bonnes idées ?
Ne laissez jamais Internet vous faire de
l’ombre.
Le secteur de la radio s’est embrouillé dans un nouveau jargon
: regroupe-ment du contenu, codage post-production, gestion
numérique des droits. Fuyons toute personne décrivant son
organisation comme une «usine à contenu».
Dans sa grande majorité, le public ne consomme qu’une fraction
de la production des radiodiffuseurs. Les auditeurs choisissent et
ne restent fidèles que lorsqu’ils se sentent concernés. La
popularité de la radio augmente en Europe parce que la passion mise
dans la réalisation d’un bon programme se transmet sur les
ondes.
Elle est en difficulté aux États-Unis parce que le regroupement
a unifié tous les marchés de la radio. Personnellement, je ne fais
pas confiance à une production radio sans visage.
Responsables d’un organisme de service public, nous devons
toujours expliquer notre mission aux «action-naires». Abandonnons
le jargon et expliquons simplement que nous sommes là pour partager
des histoires. Nous ne les crions plus comme nous le faisions en
1947 lorsque la réception était mauvaise et la concurrence rare.
Aujourd’hui, un radiodiffuseur garde la confiance de ses auditeurs
en partageant avec eux les informations dans un format qui les
attire.
Tenez-vous en à votre stratégie de plate-forme
croisée.
La radio, la TV, le téléphone et le Web n’ont pas d’avenir s’ils
ne sont pas associés. Les plus grandes réussites en production
médias croisés ont été atteintes lorsque la radio a fait connaître
le contenu complémentaire original diffusé sur le Web et quand le
Web a offert de l’audio «à la deman-de» pertinent.
Ce qui vient de la technique est dépourvu de
créativité.
La radio se remet lentement de l’impact de deux massives pierres
d’achoppement qui ont affecté son développement.
Le réglage automatique. Les radio-diffuseurs dépensent des
millions d’euros pour produire un contenu fascinant et le
dissimuler ensuite derrière la pire interface humaine jamais
conçue. Le public se souvient du nom des bons programmes, pas de la
fréquence sur laquelle ils sont diffusés. La fidélité à un réseau
sera mise à bien rude épreuve lorsqu’un guide électronique de
programme fera son apparition à la radio comme il commence à le
faire sur les sites Web des radiodiffuseurs.
Les responsables marketing de la radio disent que l’auditeur
n’écoute, en général, que « 1,5 » station et est donc très
fidèle.
C’est faux ! La majorité des auditeurs ont tout simplement peur
du réglage automatique et de ne jamais pouvoir retrouver leur
station préférée. Avez-vous déjà découvert une nouvelle station à
cause d’une fréquence lue sur un panneau publicitaire d’une route?
Bien sûr que non ! La deuxième révolution de la radio aura lieu
avec l’arrivée d’un guide électronique de programmes intégré dans
la radio. Ce sera, sans doute, l’application qui fera vraiment
démarrer la DAB.
Le second héritage est que la radio a été lancée par des
ingénieurs qui expérimentaient une nouvelle forme de distribution.
Tout ce qui vient de la technique est dépourvu de créativité. Une
fois la magie estompée, les gens demandent à quoi sert la nouvelle
invention. Les systèmes basés sur le contenu peuvent dépendre de la
technologie. Mais pour peu que ce soit de la bonne technologie, ils
ont de bonnes chances de réussir.
N’attendez pas de miracles d’un système de gestion du
contenu.
De nombreuses stations bouleversent complètement leur méhodes de
travail. En effet, leur système de production numérique place les
«archives» en second dans la chaîne au lieu de leur traditionnelle
oubliette après la transmission.
Nous n’avons pas besoin de conserver tout ce que nous diffusons
mais seulement les éléments produits pour répondre à un but précis
ou enre-gistrer un événement. Les stations qui profiteront de
l’étiquette de «conser-vateur culturel» seront celles qui font
vraiment l’effort de sélectionner le meilleur pour leurs archives.
Il s’agit incontestablement d’une tâche des radiodiffuseurs de
service public. Sans la possibilité de comparer le passé au
présent, il n’y a pas de débat informé, et pas de démocratie sans
débat informé.
Les radiodiffuseurs publics qui veulent pouvoir réutiliser leur
contenu «à la carte» doivent consacrer du temps et des efforts à en
établir les catalogues. Certains, comme la BBC, ont élaboré un
excellent «lecteur radio» qui est une combinaison de navigateur Web
audio et d’archives. À Radio Nether-lands, une variante de cette
solution permet une distribution automatisée du contenu à nos
partenaires sur le Web ou par satellite. C’est cher, mais beaucoup
de radiodiffuseurs publics d’Europe méridionale comprennent que les
archives sonores sont une partie essentielle de leur patrimoine
culturel.
Les systèmes de production audio pour la radio évoluent
progressivement.
Le marché mondial des systèmes de production audio en réseau est
pour l’instant très restreint. Depuis l’effondrement des
«point-com», les investissements dans ce secteur ont été limités.
Des fonctions promises en 1999 arrivent seulement maintenant sur le
marché dans une forme «stable» qu’il est logique de mettre en
ligne.
Nous sommes à un stade où il est préférable de réaliser les
enregistre-ments sur disque dur plutôt que sur bande. Mais si vous
pensez à un système de production numérique, mieux vaut réunir vos
journalistes et étudier chaque étape de la pro-duction de
programmes ; du terrain au moment où le programme passe sur les
ondes. Si vous voulez conserver une partie de la production pour la
réutiliser, il faut réfléchir à la méthode la plus simple pour
retrouver ce contenu dans le futur. Il faut le faire maintenant,
demain il sera trop tard.
Ajoutez de l’e-émotion à votre site
Web.
De nombreux radiodiffuseurs publics font une radio fantastique,
mais ont des sites Web épouvantables car l’émotion de l’antenne est
filtrée avant de passer sur le Web. Les programmes de radio qui
mentionnent leur site Web comme une possibilité «après coup»
donnent l’impression que leur présence sur le Web est un «après
coup», proba-blement une corvée. Si c’est le cas, pas la peine de
créer un site Web.
Les sites Web qui encouragent le débat et font participer les
utilisateurs sont une carte de visite pour le monde. Un site dans
lequel la navigation est facile est un excellent partenaire pour un
bon programme de radio.
Un site Web ne remplace jamais une
émission.
Les diffusions récentes sur le Web d’événements majeurs (par
exemple, la diffusion sur le Web par la BBC du renversement de la
statue de Saddam Hussein ou du Concours Eurovision de la Chanson
2003) ont été regardées SIMULTANEMENT par respectivement 40 000 et
25 000 personnes.
Ces chiffres ne sont qu’une fraction du public traditionnel de
la radio et de la TV. Si le Web n’est pas adaptable comme un
support de diffusion, il peut ajouter une dimension à un programme
radio. Offrir un contenu, comme une discussion en direct avec un
invité après le programme radio est une expérience très concluante
qui produit d’excellents matériels pour une émission de suivi.
Peu de radiodiffuseurs ont fait du multimédia en 2003. Ils
utilisent parfois plusieurs plates-formes telles que le Web et la
radio, mais les logiciels de production ne sont pas encore
suffisamment bien intégrés pour permettre de «tirer et faire
glisser» le contenu d’un média à l’autre.
La plupart des systèmes sont au mieux de type «couper coller»,
ce qui se traduit par la perte de beaucoup de temps de production
au niveau de la conversion du contenu des pro-grammes d’un support
dans l’autre, laissant fort peu de temps, voire pas du tout, pour
l’adaptation. Les systèmes de production intégrés arrivent
lentement, mais seulement dans les stations qui ont su rationaliser
correctement leur workflow. Un radiodiffuseur doit savoir comment
produire un programme de radio combiné à un site Web, sinon,
n’importe quelle société de logiciels inventera sa propre
solution.
Surveillez les sociétés de téléphones.
Les téléphones UMTS (de la 3e géné-ration) n’ont pas encore
démarré en Europe. Certains doutent qu’ils le fassent, d’autres
pensent que la prolifération d’Internet à haut débit sans fil
(Wi-Fi) rendra les UMTS obsolètes.
Les fabricants de téléphones ont réussi à convaincre plus de 600
millions d’abonnés mobiles dans le monde, alors que le nombre total
de radios DAB est actuellement inférieur à 600000. Il est important
de garder un œil sur les essais de services musicaux
téléchargeables à l’aide d’un télé-phone portable réalisés au
Royaume-Uni et en Allemagne.
Les consommateurs sont-ils prêts à payer pour ce genre
de contenu ?
Comment trouver un appareil capable de marier l’excellente
fonction «d’information» des services par abonnement par téléphone
au service «étonne-moi !» de la radio. Certains téléphones haut de
gamme offrent déjà une radio FM intégrée. Selon le Radio
Advertising Bureau britan-nique, 1,2 million d’adultes écoutent
désormais la radio via le téléphone portable au Royaume-Uni,
presque trois fois plus qu’en mai 2002. Dans le groupe des 15-24
ans, ils sont 7,9% à l’écouter de cette manière.
Les appareils DAB disponibles au Royaume-Uni depuis septembre
2003 sont attractifs, si les fabricants peuvent produire des
quantités suffisantes. Certains supermarchés commencent à
s’approvisionner en radios DAB. C’est un signe positif.
Testez votre site Web.
De nombreux sites Web de radiodif-fuseurs ont besoin d’être
révisés rapidement. Ils ont «poussé» comme du chiendent et un
sérieux désherbage est nécessaire pour éviter que les utilisateurs
ordinaires ne trouvent jamais leur chemin dans la jungle du
contenu.
Il est préférable d’avoir 100 pages de contenu utile,
d’actualité, révisé, que 10000 pages de méli-mélo. Il faut tester
son site avec des «utili-sateurs réels», pas le personnel de la
station. Si le bon contenu est à plus de deux clics de la page
d’accueil, il y a des risques qu’il ne soit jamais découvert. Les
sites Web doivent être accessibles aux mal voyants. Il existe
certes des navigateurs pour les aveugles, mais c’est aux
radiodiffuseurs de prendre le temps d’étiqueter correctement le
contenu et de bien décrire les photos.
Et enfin…
Dernier point, ne pas oublier pas les trois « F » : formation,
formation, formation ! La technologie de radiodiffusion évolue
vite, nous sommes dans une ère de formation pendant toute la
vie.
Ce principe s’applique aussi aux formateurs. S’ils n’ont pas
réalisé une page Web ou un programme de radio au cours des deux
dernières années, il y a fort à parier qu’ils ne suivent pas les
tendances et ont du mal à partager les idées
d’aujourd’hui.
Certains aspects de la radio ne changent pas ; la manière de
conduire une interview, par exemple, mais traiter l’information
dans l’univers des «menus» numériques vient d’une autre galaxie
!