Radio en temps de catastrophes
Michel Meyer, directeur général adjoint & directeur du
réseau France Bleu, Radio France
France Bleu au plus près des joies et des
peines
En 2003, le
réseau France Bleu s’est affirmé en France comme un archipel
radiophonique majeur. Le paysage radiophonique français où,
Internet oblige, l’effet « toile » est devenu une donnée
capitale. Aujourd’hui, chaque auditeur de station locale dans
« les pays » de France, peut en effet participer en temps
réel à la vie de sa région sans pour autant perdre, grâce à la
veille des journalistes de la tête du réseau France Bleu, le pouls
du grand monde.
Tout est désormais partout sur notre antenne : le local et le
global s’y conjuguent dans une forme
de « globcal », mais sans altérer
une seule fibre du lien social d’intense proximité qui, plus que
jamais, reste notre raison d’être. C’est un atout considérable face
à des antennes généralistes concurrentes souvent univoques de par
leur vocation strictement hexagonale.
Proximité
Grâce à cette configuration, France Bleu se trouve au plus près
des joies, mais aussi des peines, des régions de France, a
fortiori lors des drames et des crises (inondations,
accidents, incendies et cataclysmes naturels, etc.) qui les
frappent.
Il était essentiel que, sur la base d’une étroite coopération
avec la Protection civile, les radios de France Bleu s’affirment en
tant que « radios de crise » du pays.
Ce fut le cas en 1999, lors de la terrible tempête de décembre,
ou encore lors des catastrophes écologiques consécutives en 2001 au
naufrage de l’Erika, ou en janvier 2003, lors de la marée
noire provoquée par le Prestige. Et puis encore à
Besançon, le 23 février 2004, alors qu’un tremblement de terre
privait à 19h00 la cité d’électricité, obligeant le maire à
chercher son chemin dans sa propre ville, avant de rejoindre le
studio France Bleu pour analyser la situation.
Chaque fois, les stations de Radio France firent florès. Les
téléphones étaient hors service: seule la radio fonctionnait
encore. Les préfectures étaient débordées et les services officiels
submergés, mais les reporters étaient partout sur la brèche dans
les villes et villages en difficulté, et les auditeurs en désarroi
tout le temps chez eux à l’écoute des 43 stations. Le transistor
redevenait une porte ouverte sur le reste du monde, permettant
d’orienter secours et dons en faveur des sinistrés de ces
cataclysmes. Avec le réseau France Bleu, nous sommes pleinement
dans une tradition de solidarité humaine.
Pour bien comprendre la fonction essentielle qu’ont aujourd’hui
les stations du réseau France Bleu, il suffit d’écouter Gabriel
Valdisseri qui, sous l’égide de Christiane Chadal, déléguée de
Radio France pour le Sud Méditerranée, pilota les actions de la
station de Nîmes lors des inondations monstres de l’automne
2002.
Cet accompagnement de radio de crise, échelonné sur plus de
trois semaines, débuta dés les premières averses : « Au début
des pluies », se souvient Gabriel Valdisseri, « la route
nationale Alès - Nîmes n’avait pas été fermée par les pouvoirs
publics. De ce fait, plus de cent véhicules se sont retrouvés
prisonniers une heure après, avec de l’eau à mi-portières, au
rond-point de la Calmette, une petite commune avant Nîmes. Tous les
appels des portables de ces naufragés ont convergé vers France Bleu
Gard - Lozère. Ceux qui n’étaient pas trop loin ont trouvé refuge
en ce lieu ! Toute la nuit, l’équipe de France Bleu s’est relayée
sur l’antenne pour accompagner, rassurer et informer sur les moyens
mis en place pour venir au secours des naufragés.
Au fur et à mesure, les portables se sont déchargés et se sont
éteints. Cette nuit-là, plus de 1 500 personnes sont restées
immobilisées sur les routes gardoises au milieu de torrents de
boue, juste reliées à la vie par la longueur d’ondes de France Bleu
Gard - Lozère. »
La multiplication des catastrophes naturelles ou technologiques
aux conséquences souvent dramatiques pour les victimes, a démontré
l’impérieuse nécessité de développer, dans le contexte des
situations de crise, l’information des populations grâce à la
radio. En effet, celle-ci joue un rôle essentiel dans ce domaine,
tant pour relayer les consignes des autorités sur les comportements
à adopter avant
et pendant une crise que pour
informer et aider autorités et
populations sinistrées, afin d’assurer le retour à la situation
normale.
C’est dans cet esprit que la direction de la Défense et de la
sécurité civiles du ministère de l’Intérieur a décidé de se
rapprocher de Radio France pour renforcer la coopération dans ce
domaine.
Cette démarche correspond à trois objectifs
:
- développer la diffusion aux populations de consignes
préventives et comportementales ;
- faciliter la mise en place de radios de gestion et
d’accompagnement de crise dédiées à tout type de
risques ;
- créer un véritable partenariat entre les préfets de zone et de
département, d’une part, et Radio France, d’autre
part.
La première mesure significative se traduit par la conclusion
d’une convention de portée nationale qui détermine les conditions
de partenariat entre le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité
intérieure des Libertés locales et Radio France.
Par ailleurs, il a été procédé à un échange d’informations sur
la localisation des sites répertoriés soumis à un plan particulier
d’intervention et les zones de couverture des émetteurs Radio
France.
Enfin, la décision d’élaborer en commun
un vade-mecum destiné aux services des préfectures et
aux responsables des stations locales de France Bleu constitue une
étape importante dans les relations entre les pouvoirs publics et
les services de radiodiffusion.
Cette démarche vise à renforcer la coopération
mutuelle qui ne devra pas se limiter à la seule période de crise
mais viser toutes les situations :
- avant la crise :
- connaissance mutuelle des acteurs, des organisations et de
leurs fonctionnements respectifs ;
- meilleure compréhension de la complexité des décisions en
situation de crise ;
- travail pédagogique et de sensi-bilisation vis-à-vis de la
population concernant les consignes préventives et comportementales
;
- travail de prévision et planification ;
- présence de journalistes lors des exercices
d’entraînement.
- pendant la crise :
Radio France, par l’intermédiaire de l’une de ses radios sert de
lien entre les autorités et la population. Elle relaie les
consignes des autorités et assure une mission d’information
générale.
- après la crise :
Le lien établi entre les autorités et la population se poursuit
au-delà de la crise en vue de revenir à une situation normale.
La radio joue un rôle de soutien important en accompagnant les
populations sinistrées dans leurs démarches, notamment
adminis-tratives, et en leur permettant d’apporter leurs
témoignages à l’antenne.
La radio sera en outre associée aux retours d’expérience. La
participation des équipes des radios aux débriefings, non seulement
en tant qu’acteurs mais aussi en tant que témoins, doit contribuer
à rendre encore plus efficaces ces actions de sauvegarde de la
population.
Les retours d’expérience antérieurs montrent notamment la
nécessité de mettre en place des radios dédiées à la crise ou des
sessions spéciales de programmes.
Être là, utile et prévisible,
lorsque l’imprévisible surgit, là a été, est et reste plus que
jamais, la vocation centrale et retrouvée de la radio !