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DIFFUSION en ligne – 2005/31

La radio numérique en Allemagne
Heinz-Dieter Sommer, directeur radio à la Hessischer Rundfunk et vice-président du comité radio de l’UER 

La radio numérique ne rencontre pas en Allemagne le même succès que dans d’autres pays

Lors de l’assemblée radio de l’UER à Copenhague cette année, les participants ont reçu en cadeau un poste de radio. Un récepteur bon marché capable de recevoir aussi bien la FM que la radio numérique en mode DAB (Digital Audio Broadcasting). Cet appareil, apparemment le plus vendu au Danemark et en Grande-Bretagne, deux pays où la DAB remporte un succès certain, ne comporte qu’un tout petit affichage et offre une qualité sonore acceptable. Ces deux caractéristiques, données associées et qualité sonore, qui, pendant des années, ont été présentées en Allemagne comme les atouts de la DAB, ne sont pas exceptionnelles dans le cas de ce récepteur. Et pourtant, il se vend très bien. Pourquoi ? La réponse est très simple, et ne tient pas simplement au prix mais au fait qu’au Danemark et en Grande-Bretagne, il existe des programmes spécifiques très intéressants que l’on ne peut recevoir que par le biais de la DAB. C’est donc bien le contenu qui pousse les consommateurs à acheter ce poste et à opter ainsi pour la radio numérique. 

Différences régionales 

La DAB couvre pratiquement toute l’Allemagne, et un grand nombre de programmes sont diffusés en DAB. Toutefois, la situation varie d’une région à l’autre. Ces différences sont déjà sensibles au niveau des opérateurs de réseaux dont il existe deux catégories : les sociétés de télécommunications et les sociétés d’exploitation avec ou sans la participation des organismes de radiodiffusion de service public des Länder. Mais on les observe également dans les programmes diffusés en DAB. Quoi qu’il en soit, les programmes diffusés en FM par les radios de service public dans la plupart des Länder peuvent également être reçus en mode DAB, tout comme les programmes de Deutschland Radio. En outre, certains grands programmes commerciaux sont eux aussi diffusés en DAB. Dans toute l’Allemagne, il est donc possible de recevoir en mode numérique plus de 100 programmes, avec, comme nous l’avons déjà dit, des différences régionales importantes. Certaines zones peuvent recevoir jusqu’à 20 programmes par la bande III (174-240 MHz) et la bande L (1452-1492 MHz), alors que dans d’autres zones, il n’existe pratiquement pas une seule offre en numérique. Les programmes exclusivement diffusés en numérique constituent l’exception. Les offres de service public diffusées exclusivement en mode DAB reprennent le plus souvent des offres existantes diffusées en FM, en changeant la présentation et éventuellement la musique. C’est le cas en Rhénanie du Nord-Westphalie ou en Bavière. En outre, quelques rares offres commerciales, purement musicales, sont diffusées exclusivement en DAB et la plupart bénéficient de subventions. Lorsque leurs subventions viennent à expiration, ces entreprises abandonnent d’ailleurs très vite la diffusion en numérique.

Absence de débat

Malgré l’extension du réseau et les possibilités ainsi offertes, la DAB n’occupe toujours pas une place importante dans le débat médiatique en République fédérale. Si l’on compare les réactions suscitées dans le public et dans les milieux politiques par le début de l’extension de la DVB-T (télévision numérique terrestre), si l’on examine l’offre diversifiée et bon marché et les ventes de récepteurs de DVB-T, si l’on prend en considération la publicité pour la DVB-T dans les grands centres d’électroménager et si l’on voit les campagnes menées par les opérateurs de réseaux câblés, en particulier à Berlin, contre la DVB-T par peur de la concurrence, on constate que rien de semblable n’existe pour la DAB. Les ventes de récepteurs DAB sont plus que médiocres, et dans de nombreuses publications de la presse spécialisée, la DAB est déjà qualifiée d’investissement voué à l’échec. En analysant la situation et selon le point de vue dans lequel on se place, on peut y voir plusieurs raisons : 

  • suffisants pour les programmes financés par la publicité,
  • des problèmes techniques qui ne sont toujours pas résolus (la réception en intérieur, par exemple)
  • la dotation en fréquences actuellement encore insuffisante : la DAB ne peut concurrencer l’offre des programmes en FM que si d’autres fréquences lui sont attribuées,
  • des coûts élevés pour la bande L régionale,
  • l’absence d’offres de programmes attrayants, facteur jugé responsable de la situation par les fabricants de récepteurs,
  • les débats incessants sur les perspectives d’avenir de la DAB et leurs répercussions négatives sur le marché,
  • enfin et surtout la généralisation et la popularité de la diffusion en FM en Allemagne : les récepteurs étant extrêmement bon marché et la qualité du son tout à fait acceptable, la FM est la forme d’utilisation de la radio la plus largement répandue, ce qui correspond parfaitement à « une écoute d’une oreille distraite » qui n’impose que de faibles exigences en matière de qualité sonore.  

Stratégie européenne

Néanmoins, de manière générale et selon mon observation, force est de constater que la radio numérique ne pourra pas s’imposer en misant uniquement sur le paramètre technique de la « réception améliorée », en particulier dans le domaine de la radio mobile et des services de données associées. Sur ce point, outre le fait que la diffusion en modulation de fréquence est bien acceptée, il y a depuis longtemps de très nombreux progrès dans le secteur de la radio mobile qui réduisent notamment l’attractivité des services de données associées. Donc, pour conquérir un marché qui compte, selon les estimations, entre 250 et 300 millions de récepteurs FM, il faut de nouvelles stratégies nationales et européennes efficaces, qui misent sur l’intérêt des programmes et sur la valeur ajoutée pour les clients et qui soient à même, en Allemagne, de surmonter les problèmes liés à la structure fédérale du paysage radiophonique. En outre, il convient de résoudre le dilemme entre la reproduction en DAB de l’offre actuelle de programmes en FM et la diffusion de programmes novateurs en DAB, car les deux ne sont pas possibles en parallèle avec les fréquences disponibles à l’heure actuelle. Je suis quant à moi persuadé qu’il est urgent d’adopter de telles stratégies car il y a longtemps qu’existent en République fédérale d’Allemagne des milieux intéressés parfaitement capables d’imaginer une utilisation des fréquences DAB à d’autres fins, ne serait-ce que l’industrie automobile qui souhaiterait offrir par ce biais ses propres prestations de services et de divertissement. Il serait fatal que les fréquences de la DAB finissent ainsi par être perdues pour la radiodiffusion.

Autres technologies

Outre la DAB, d’autres procédés entrent également en ligne de compte pour transmettre la radio numérique.

Parmi ceux-ci le DVB-S (télévision numérique diffusée par satellite) et le DRM (Digital Radio Mondiale), mode de diffusion numérique radio offrant une qualité de réception proche de la FM dans les ondes courtes, moyennes et longues.

Fin août, les programmes radio de l’ARD passeront sur répéteurs satellite numériques, de sorte que pour l’IFA (Salon international des produits audiovisuels grand public à Berlin), tous les programmes seront disponibles en DVB-S. A cette occasion, un certain nombre de radiodiffuseurs proposeront également des émissions sur plusieurs canaux à titre expérimental. Les premiers récepteurs DRM grand public seront également présentés à l’IFA.

La norme DRM est encouragée en particulier par DeutschlandRadio, la Deutsche Welle et la SWR. Ici aussi, l’IFA devrait donner une nouvelle impulsion. Du côté du privé, RTL mise depuis peu sur la DRM pour s’assurer une vaste couverture numérique, ce qui ne fait pas nécessairement la joie des prestataires de services commerciaux dans les Länder. La DRM va-t-elle s’imposer, et si oui, à quel rythme? D’après moi, cela dépend de ces prestataires, mais RTL a d’ores et déjà annoncé la couleur : le groupe résoudra lui-même le problème des récepteurs. Sur sa page d’accueil (www.rtlgroup.org), on trouve une vidéo promotionnelle pour la DRM, qui montre que RTL a l’intention, dès le milieu de l’année 2005, de promouvoir et de commercialiser dans ses émissions et dans ses boutiques un petit récepteur DRM pour 145 euros. Pourtant, malgré ces efforts et bien qu’il s’agisse d’un procédé de diffusion intéressant, la DRM ne convient pas pour remplacer la FM, ne serait-ce qu’en raison de ses possibilités techniques. Il n’en reste pas moins que la DRM pourrait peut-être faire accepter plus largement la radio numérique en général. 

En ce qui concerne la radio sur DVB-T, il faut dire que l’on ne sait pas exactement quelles seront les perspectives de déploiement, ni si la couverture géographique s’étendra au-delà des agglomérations urbaines. En l’état actuel des choses, la DVB-T pourrait tout au plus se concevoir comme une offre complémentaire pour la radio, mais pas comme une alternative à la DAB. En outre, l’aptitude technique de la DVB-T à servir de support de transmission pour la radio soulève des discussions, puisqu’il semble qu’elle ne réunisse pas tous les critères qui devraient aller de soi pour la radio.

Restent les technologies DSL et le secteur de la radio en ligne. Dans le secteur en ligne, nous avons affaire à la technique du streaming, que l’on connaît depuis longtemps et qu’exploitent de nombreux radiodiffuseurs. Avec la technologie DSL, la priorité est bien entendu donnée à la télévision, mais les directrices et directeurs radio de l’ARD ont manifesté leur désir d’être de la partie lorsque les organismes de service public adopteront cette technologie. 

Perspectives

Aujourd’hui déjà, la radio en Allemagne est diffusée par le biais de diverses technologies numériques: la DVB-S et le streaming sur Internet en sont les meilleurs exemples. La DRM ne fait que commencer. Et la question de l’enracinement définitif de la DAB dépend de plus en plus d’une stratégie efficace qui ne se dessine pas encore à l’heure actuelle. Mais elle dépend aussi de la volonté des acteurs politiques de créer les conditions préalables nécessaires et de faire en sorte que les organismes de service public puissent s’engager dans cette voie. On ne voit pas poindre à l’horizon un autre mode de diffusion offrant les mêmes possibilités que la DAB, autrement dit un système capable, en principe, de prendre la relève de la FM. D’où l’urgence et la nécessité de réfléchir à une approche européenne. Personnellement, j’estime que les scénarios examinés par la Commission européenne qui prévoient l’arrêt des transmissions en modulation de fréquence à l’horizon 2010, 2012 ou 2015, sont actuellement illusoires et irréalistes tant que d’autres mesures n’auront pas été prises pour accélérer la migration. 

Défi de la créativité

Malgré tout cela, il y a une chose que l’on ne doit pas oublier : la numérisation de la radio n’est pas seulement une question de migration d’un système technique à un autre. C’est aussi une chance formidable à saisir. Les programmes numériques devront nécessairement être différents des programmes analogiques. Les possibilités qu’ils offrent sont, selon moi, trop peu exploitées, par pure crainte mais peut-être aussi par manque d’audace. A ce stade, c’est non seulement la créativité des réalisateurs de programmes qui sera mise à contribution, mais aussi celle de tous les responsables des structures et de tous ceux qui sont chargés de créer l’environnement propice nécessaire.

mf / ep



© UER 2005
Dernière mise à jour 09.08.2005