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2004/30 - DIFFUSION online

Concours eurovision de la chanson : Les coulisses

Ruth Elkins, Eurovision.tv et Aline Ingwersen, attachée médias, UER

Backstage sans badge VIP

Après la victoire du représentant turc en 2003, une véritable course contre la montre s’est engagée à la TRT, la télévision publique turque, en vue de l’organisation du concours Eurovision de la chanson 2004 à Istanbul.

Il s’agit d’une production de grande envergure et, de surcroît, il était prévu d’instaurer un certain nombre de changements pour l’édition 2004: habillage et format du Concours ont été entiérement repensés et, pour la première fois, une demi-finale a été organisée: un pari difficile pour TRT.

Pour l’épauler, une véritable armée de professionnels de toute l’Europe, ainsi que l’aide de Bulent Osma, producteur exécutif pour TRT et de Svante Stockselius, superviseur exécutif de l’UER, en vue de la préparation du spectacle au stade Abdi Apekci d’Istanbul.

Pour Firat Kasapoglu, directeur de production de l’édition 2004, « Organiser le concours, c’est un peu comme donner vie à Frankenstein : en effet, ce n’est qu’à mesure que le concours prend forme que l’on se rend compte des problèmes à résoudre ».

Firat Kasapglu a donc chapeauté une équipe de 2500 personnes chargées de s’assurer que la production de l’événement se déroule de manière satisfaisante, jusque dans les moindres détails, de la sécurité des lieux aux produits des maquilleurs. Il convenait également de faire en sorte que les 1700 journalistes accrédités disposent d’installations adaptées, sans oublier une foule d’autres petits détails, des effets spéciaux à l’éclairage.

Le directeur de production se rappelle d’ailleurs que lors de sa première visite à la salle où le concours devait être organisé, il s’est rendu compte, d’après les plans prévus pour la scène et le foyer des artistes, que celui-ci allait se trouver juste devant les projecteurs. Le foyer, reconstruit sur pilotis, a été surélevé d’une dizaine de mètres, une première dans l’histoire du concours !

Chronomètre

Dans la salle, Julie et Ludwig, les concurrents de Malte, sont en pleine répétition. Dans le même temps, Mark Harrisan, le régisseur de plateau, arpente l’avant de l’immense scène, de long en large. Le duo maltais achève sa prestation dans les temps, à l’issue des 3 minutes réglementairesIl ne reste plus à Mark Harrisan qu’à effectuer quelques réglages sur les caméras avant de passer à la prestation suivante.

Âgé de 31 ans, Mark Harrisan travaille sur des émissions comme «Top of the Pops», sur la BBC. Dans le cadre du concours, il est chargé de s’assurer que les prestations des artistes sur scène rendront bien à l’écran. Il assure également l’interface entre le réalisateur, les cameramen et chaque délégation : énergie, souplesse, sérénité et diplomatie indispensables lors des répétitions, véritables épreuves pour les nerfs.

Chacun des 36 pays participants ayant envoyé au réalisateur une cassette montrant ce à quoi doit ressembler la prestation de son (ou ses) représentant(s), l’équipe de Mark Harrisan a passé des jours entiers à modifier l’emplacement des caméras afin de satisfaire les différentes délégations.

« En somme, n’est-ce pas moi qui assure la cohésion de ce bel ensemble ? », demande-t-il à son bras droit , Henry Sheldon, 29 ans, dont la présence dans les coulisses est indispensable : il houspille les artistes pour qu’ils aillent revêtir leur costume ou passent au maquillage ou à la coiffure, et leur indique quand entrer en scène. Selon Sheldon, « dans ce métier, la qualité première, c’est le sens de l’organisation. Dans une production d’une telle envergure retransmise en direct pour des millions de téléspectateurs, chaque seconde compte. Nous devons constamment garder un oeil sur l’heure. Mais, nous somme habitués au stress! »

Logistique

Autre personnage incontournable : le coordonnateur technique du concours, Roland Vecchiato, de l’UER, qu’on retrouve dans un bâtiment préfabriqué à l’extérieur de la salle de spectacle, où il travaille généralement perché sur une chaise en plastique.

Belge, ancien responsable du Centre de contrôle international de l’UER à Genève, Roland Vecchiato travaille pour l’UER depuis trente-six ans. Il est chargé de s’assurer que le direct des divers lieux où se déroule le concours parvient aux millions de téléspectateurs en Europe et dans le reste du monde.

En face de lui, deux rangées de moniteurs, sur lesquels il suit les images retransmises dans plus de quarante pays, de Porto Rico à l’Australie. « Pour le concours Eurovision de la Chanson, tout est multiplié par deux », explique Roland Vecchiato, « nous n’avons pas le droit à l’erreur ».

À l’extérieur de cette salle de contrôle, deux énormes antennes satellite sont installées, afin de transmettre les images tournées au stade à l’ensemble du réseau satellite Eurovision. Si la qualité de l’image se détériore, ce qui peut arriver en cas de mauvais temps, par l’équipe technique dispose d’appareils de secours, pouvant lui permettent de diffuser les images jusqu’à Ankara, d’où elles sont ensuite dirigées vers un autre satellite, à partir duquel les diffuseurs nationaux transmetrent le signal correspondant.

Pendant toute la durée du concours, Roland Vecchiato est également en contact permanent avec le centre de contrôle de l’Eurovision, à Genève. Sur place à l’arena, Frank Saelens, son collègue belge, est chargé de visionner les images retransmises par les diffuseurs nationaux et de s’assurer que les liaisons entre Istanbul et le reste du monde fonctionnent de manière satisfaisante. 

Lors du concours, aucun aspect technique n’est laissé au hasard. Et c’est d’autant plus vrai pour le vote. L’annonce des télévotes de chaque pays a lieu en direct. C’est l’une des traditions du concours et, cette année, tous les pays ont utilisé le télévote pour attribuer de 1 à 12 points à ses chansons préférées. Au total, plus de 5 millions d’appels et de SMS ont été reçus au cours des deux soirées (demi-finale et finale) et ont été traités par la première plate-forme paneuropéenne spécialement conçue à cet effet, fruit des efforts déployés par la Société Digame, une filiale de Deutsche Telecom.

Pour Roland Vecchiato, compte tenu du nombre record de pays participants, les signaux des différents diffuseurs nationaux devaient être en parfait état de marche. « Chaque pays ne dispose que de 90 secondes pour saluer les téléspectateurs et annoncer les résultats de son vote national », précise-t-il, « à la suite de quoi on passe à un autre pays. » Andorre communique ses résultats en premier, les pays suivants étant mis en attente par groupes de cinq. Chacun d’entre eux doit dès lors se tenir prêt à annoncer ses résultats en direct à l’antenne et c’est Roland Vecchiato qui appuie sur le bouton faisant apparaître l’image voulue sur tous les écrans de télévision, exactement au même moment.

C’est donc une lourde responsabilité qui a pèse sur les épaules de Roland Vecchiato qui part à la retraite : « je suis ému, bien sûr, mais à 60 ans, il est temps de passer le relais », dit-il en souriant.

Il désigne alors sur sa table de mixage le fameux bouton, rouge comme il se doit, directement connecté au poste de travail des scrutateurs, supervisé par Svante Stockselius, qui reste à côté de la scène tout au long du spectacle. Si Svante Stockselius voit le signal rouge s’allumer, il sait qu’il y a un problème avec le vote. Fort heureusement, tout s’est déroulé sans heurt, tant pour la demi-finale que pour la finale.

D’ailleurs, depuis qu’il s’occupe du concours, Roland Vecchiato n’a jamais vraiment connu de réelle difficulté. « Il n’en reste pas moins que le soir du concours, tout s’accélère et la pression augmente », déclare Roland Vecchiato, « je m’efforce de rester calme. C’est dans ma nature, même si ma femme vous dirait sans doute le contraire. »

Garder son sang-froid est également la ligne de conduite adoptée par Firat Kasapoglu. À 38 ans, c’est la première fois que le jeune producteur turc participait à l’organisation du Concours. Il jouit d’une solide expérience dans le domaine, ayant collaboré à des événements musicaux de grande envergure comme le festival de Woodstock, à New York, ou encore au festival Rock’n’Coke d’Istanbul. Le chiffre de 7500 spectateurs, le soir de la finale du CEC, à Istanbul, pouvait donc lui sembler bien modeste.Il reconnaît d’ailleurs lui-même qu’il est habitué à la foule. On le croit sans peine, à le voir si calme et serein, « Au milieu de toute cette agitation, préciset-il en souriant, il faut bien que quelqu’un garde les pieds sur terre. »

Rendez-vous en 2005 en Ukraine puisque Ruslana à remporté l’édition 2004.

En 2005, le concour fête sa 50ème édition.

pj/nc



© UER 2004
Dernière mise à jour 02.08.2004