Tout et rien n'a changé 

Le 12 février 1959, les professionnels de la radiodiffusion de 23 pays se sont réunis dans la station balnéaire anglaise de Torquay pour y fonder l'UER afin de succéder, après la Seconde Guerre mondiale, à l'Union Internationale de Radiodiffusion. La mission la plus essentielle de l'UER y fut définie comme étant la "défense des intérêts de la radiodiffusion dans les domaines techniques et juridiques". Quelque chose a-t-il vraiment changé en 60 ans ? La radio était "le" média de l'époque et la première réunion s'était essentiellement concentrée sur les questions de radio. Quelques mois plus tard, la télévision était à l'ordre du jour. La nouvelle technologie apportait en effet de nouvelles opportunités. Mais seuls les plus imaginatifs pouvaient s'en rendre compte. La télévision était un média à l'avenir incertain et les coûts étaient difficiles à estimer. Beaucoup étaient réticents à relever le défi, mais quelques visionnaires voyaient au-delà des frontières et reconnurent le potentiel de la télévision à unifier, et la nécessité de collaborer pour réussir. Ils poursuivirent leur rêve. La première retransmission internationale eut lieu à l'été 1950. Les Membres collaborèrent à la retransmission internationale du couronnement de la reine Elisabeth II. La première retransmission Eurovision officielle, à savoir la fête des Narcisses à Montreux en 1954, fit appel aux compétences d'ingénieurs d'Allemagne, du Danemark, de France, d'Italie, du Royaume-Uni et de Suisse. Cette "nouvelle" technologie nécessitait la mise en commun de connaissances et de ressources internationales, ainsi qu'une bonne dose d'initiative pour mettre au point les meilleures solutions. Le succès de l'UER dépend toujours aujourd'hui de la création de communautés d'individus, de la mise en commun des meilleures idées et du courage et de la clairvoyance d'explorer de nouveaux domaines. Une fois la technologie mise au point, les pionniers de l'époque se rendirent compte qu'ils avaient besoin de programmes à échanger entre Membres de l'UER. Le couronnement de la reine Elisabeth II fut un succès européen, mais il ne s'agissait pas d'un événement aisément reproductible. Les réalisateurs de programmes devaient trouver des sujets présentant un grand intérêt international, et qui pourraient être vus dans plusieurs pays. Les spectacles de variétés pouvaient être la solution, mais les droits payés aux artistes devraient augmenter. Les événements agricoles locaux évitaient les problèmes de droits, mais leur intérêt était limité. C'est le football, avec la Coupe du monde de Berne en 1954, qui fut l'élément déclencheur. L'UER avait initialement demandé la gratuité des droits de retransmission, mais elle accepta finalement d'indemniser les Associations de football à hauteur de CHF 10'000 au maximum en cas de manque à gagner sur les entrées. Cet événement télévisé connut un immense succès. Pour l'UER, ce fut le début, non seulement de la fourniture régulière d'images au niveau international, mais aussi de l'identification et du développement de programmes présentant un intérêt général pour les diverses cultures. De nos jours, les programmes et les contenus fournis sur tous les médias demeurent importants pour les Membres de l'UER. Les actualités, le sport et un vaste choix de programmes développés avec le soutien de l'UER viennent compléter le propre contenu des Membres et les aident à se distinguer de la masse. La technologie et les programmes ne suffisent toutefois pas à eux seuls à faire le succès de la radiodiffusion. La résolution de problèmes juridiques, qui était l'une des raisons de la réunion des pères fondateurs, demeure très importante dans les activités quotidiennes de l'UER. L'acquisition des droits est cependant passée d'une promesse de compenser un manque à gagner pour une Association, à des négociations complexes portant sur des territoires et des droits relatifs à divers médias, et des sommes d'argent colossales sont maintenant impliquées. En outre, les contextes législatifs et politiques actuels représentent des défis que les visionnaires de l'époque n'auraient jamais imaginés. La concurrence sur un marché encombré entraîne de nombreuses prises de position fortes quant à la question de ce que devraient faire et ne pas faire les médias publics, et quant à la façon dont ils devraient être financés. La voix de l'UER défendant la position des médias publics d'Europe est vitale pour garantir le meilleur cadre législatif et politique pour l'avenir. Certains des défis d'aujourd'hui peuvent être différents de ceux d'il y a 60 ans, mais de nombreuses choses demeurent identiques. Les fondateurs de l'UER seraient heureux de voir que nous employons la meilleure technologie et que nous l'utilisons bien : les fantastiques images en HD diffusées en direct sur tous les médias depuis Vancouver apporteront plus que jamais le meilleur du sport. Les pionniers de l'époque apprécieraient le spectacle du Concours Eurovision de la Chanson 2010 diffusé depuis la Norvège, où nous unirons non seulement les Européens en leur faisant partager l'instant d'une nuit, mais aussi les téléspectateurs du monde entier. Ils seraient certainement enchantés de voir que les radiodiffuseurs qu'ils ont réunis demeurent fidèles à la vision qui prévalait lors de la création, et à la certitude qu'en unissant nos forces, nous sommes plus forts et davantage en mesure de faire face aux changements et aux défis du secteur, actuels et futurs.
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