COMMUNIQUÉ DE PRESSE publié le 26 avr. 2022

Les médias de service public dénoncent la multiplication des atteintes à la sécurité des journalistes

Les rédactions constatent, dans toute l’Europe, une augmentation des atteintes à la sécurité des journalistes, qu’elles soient physiques, verbales, numériques ou judiciaires. Un phénomène qui compromet la capacité des médias de service public à couvrir les grands événements d’actualité et qui n’est pas sans conséquences sur la démocratie européenne.

L’UER lance aujourd’hui une nouvelle campagne, intitulée #OurJournalistsOurFreedom, pour sensibiliser l’opinion à l’ampleur de ce problème et faire bouger les lignes.

En effet, pour la seule année 2022 Reporters sans frontières recense, dans son Baromètre des violations de la liberté de la presse, 26 journalistes tués, dont 6 en Ukraine, et 2 assistants de production. Dans ce contexte, nous avons demandé à nos Membres, médias de service public européens, de nous faire part de leur expérience. Voici quelques témoignages qui ont motivé la campagne #OurJournalistsOurFreedom :

Selon Eimear Lowe, rédactrice au service étranger à la RTÉ et vice-présidente du comité Actualités de l’UER, « nous constatons une forte hausse des intimidations verbales et physiques. Nous avons dû renforcer la sécurité à notre siège en installant des clôtures pour en interdire l’accès au public. Nous informons également la police lorsqu’une manifestation est pressentie. Désormais, nous n’envoyons plus un membre de l’équipe couvrir un sujet difficile sans être accompagné : les équipes sont toujours composées d’au moins un caméraman et un reporter. »

Anita Fichtinger-Eder, du service étranger de l’ORF, fait part également de menaces proférées envers des journalistes lors de manifestations anti-Covid : « Nous avons constaté des agressions physiques, y compris des personnes crachant sur les journalistes. »

Petra Zilken-Leitgeb, coordinatrice des programmes internationaux à la ZDF, confirme : « Nous avons observé des agressions de plus en plus nombreuses, notamment pendant les manifestations contre les mesures anti-Covid. Outre les agressions verbales et les propos haineux, les journalistes sont aussi victimes de cyberharcèlement. Nous signalons systématiquement chaque cas, mais les actions en justice ne portent guère leurs fruits, car il est impossible d’identifier les auteurs. »

Aux Pays-Bas, la NOS a été contrainte de retirer ses logos et sa marque de ses cars régie, beaucoup ayant subi des agressions comme des freinages brusques sur autoroute ou des actes de vandalisme. Marcel Gelauff, rédacteur en chef au service des actualités, explique : « Nos reporters font régulièrement l’objet d’insultes et de menaces, en particulier sur les réseaux sociaux, et sont accusés de répandre des fausses nouvelles. Il devient si difficile de couvrir les manifestations contre la politique sanitaire du gouvernement que nous préférons rester à distance. »

Selon un média de service public qui souhaite rester anonyme, par peur de représailles, « il y a un an, lors des rassemblements en faveur de Navalny, la police s’en est prise aux manifestants à coups de matraque. Notre correspondant a été frappé et blessé. »

Face à ces menaces, diverses initiatives ont été prises afin de garantir des conditions de travail sûres pour les journalistes. Asún Gómez Bueno, directrice des Relations internationales à la RTVE et vice-présidente du comité Actualités de l’UER, est chargée de mettre en place une task-force UER ayant pour vocation d’améliorer la sécurité sur le terrain, en ligne et au sein des rédactions. Parmi les mesures de soutien préconisées par cette task-force figurent la production de vidéos explicatives sur la conduite à tenir en cas de harcèlement, la publication de manuels sur les procédures de signalement d’incidents, ou encore le recours à des services de professionnels (avocats, psychothérapeutes, experts informatiques).

Ces efforts viennent compléter les stages spécialisés de l’EBU Academy tels que la formation à la sécurité en milieu hostile (HEST), destinée à aider les journalistes, sur les plans physique et psychologique, à travailler dans des situations dangereuses et imprévisibles.

La ZDF a renforcé sa collaboration avec des experts en sécurité pour l’évaluation des risques, la formation, l’utilisation d’équipements de protection et, dans certains cas, la mobilisation de services de sécurité. Pour ce diffuseur, il est en effet « important et utile de constituer des réseaux et d’établir des contacts avec d’autres médias publics, avant et après ce type d’événements. »

La NOS a quant à elle lancé une initiative pour la sécurité de la presse à laquelle participent l’Association néerlandaise des journalistes (NVJ) et la Société néerlandaise des rédacteurs en chef, en étroite collaboration avec la police et le ministère de la Justice.

L’ORF, qui a subi des agressions semblables à celles de la NOS sur ses logos et sa marque, a pris les mesures nécessaires : « Les équipes de reportage qui couvrent les manifestations contre les restrictions sanitaires ont pu suivre un atelier sur les stratégies de "désescalade". Les marques et autres signes distinctifs sont retirés des microphones, caméras et gilets. Les journalistes peuvent demander à être accompagnés par des agents de sécurité. »

Après l’occupation de son siège par des manifestants, la RTÉ souligne que « ces faits inédits ont particulièrement choqué le personnel. Depuis, nous avons dû instaurer des mesures de sécurité visibles. C’est triste, sachant que nous sommes un service public, mais ces mesures sont de toute évidence nécessaires pour protéger nos collaborateurs. »

Pour Liz Corbin, directrice adjointe Médias et responsable des Actualités de l’UER, « nous ne pouvons proposer une couverture exacte, factuelle et fiable de l’actualité que si nos journalistes sont en mesure de travailler en toute sécurité et sans contrainte. Nous constatons malheureusement que bien souvent, les journalistes ne sont plus considérés comme des observateurs neutres, mais comme l’ennemi. Non seulement cette situation est pénible pour notre staff, mais elle a de lourdes conséquences sur la manière dont nous couvrons un sujet. Ou dans certains cas, sur la décision de couvrir un sujet. Il faut que cela cesse. Ce sont la liberté des médias et la fourniture d’informations dignes de confiance qui en dépendent. »

L’UER a décidé de dédier la semaine précédant la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, à mettre l’accent sur la recrudescence des menaces sur la sécurité des journalistes et, par extension, sur la liberté des médias, sous le hashtag #OurJournalistsOurFreedom.

Suivez #OurJournalistsOurFreedom sur les comptes de réseaux sociaux de l’UER (Twitter, LinkedIn, Facebook et Instagram). Et pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter la page de l’initiative UER sur le journalisme de service public.