BLOG publié le 02 juin 2021

Pérenniser l’innovation dans un contexte de crise

Pour Antonio Arcidiacono, directeur du département Technologie & Innovation de l’UER, l’innovation a besoin de structures stables et d’une réflexion à long terme pour aider des secteurs d’activité entiers à gérer les contraintes à court terme liées à la réduction des coûts. Cet article de blog a été publié pour la première fois en éditorial de notre revue semestrielle tech-i (048).

Dans le courant du mois, nous désignerons le gagnant du Prix de la technologie et de l’innovation (T&I) 2021 de l’UER, parmi 24 projets. À la lecture des dossiers de candidature, dont le nombre n’a jamais été aussi élevé depuis la création du prix il y a cinq ans, je me réjouis que l’esprit d’innovation soit bien vivant chez les Membres de l’UER. La diversité des sujets et des approches est également encourageante, qu’il s’agisse d’outils de production à distance et de création de contenus, d’appareils, de plateformes et de logiciels innovants, de studios virtuels, d’applications de l’IA, d’informatique en nuage, de développement durable et de bien d’autres encore… Je vous invite donc à nouer des contacts : un projet de collaboration vous attend peut-être !

La réalisation d’un si grand nombre de projets, dans les circonstances particulières de l’année 2020, témoigne du dynamisme et de la résilience, et souvent de la passion, des techniciens, techniciennes, concepteurs et conceptrices de notre communauté. Certes, la pandémie a parfois été le facteur déclenchant, mais tous ces projets sont bien la preuve que les médias de service public (MSP) continuent inlassablement d’innover, même des conditions toujours plus difficiles.

CRISES RÉCURRENTES

Les crises économiques récurrentes de ces dernières décennies ont conduit de nombreuses entreprises en Europe à cesser progressivement d’innover et à réduire leurs investissements dans la recherche et le développement. Si la crise du Covid a provoqué l’émergence et l’accélération de l’innovation dans certains domaines, son impact budgétaire à long terme se fera aussi profondément sentir, et les MSP ne seront pas épargnés.

Les grandes sociétés analysent souvent leurs résultats à court terme. Les PME, qui représentent la grande majorité des entreprises de l’UE, n’ont pas la trésorerie nécessaire pour les activités de recherche, de développement et d’innovation (RDI), et sont souvent au bord de la crise de financement. Même les structures publiques, elles aussi confrontées à des difficultés récurrentes, pâtissent de budgets restreints et doivent presque mécaniquement réduire leur personnel et, surtout, leurs investissements à moyen et long termes.

Or l’innovation n’a d’effets qu’à moyen et long termes. Et sa relance est difficile, même avec la meilleure volonté politique. Une entreprise « normale » s’abstiendra souvent d’investir dans l’innovation si elle risque d’en subir les conséquences financières, comme le remboursement d’emprunts, même subventionnés, ou la poursuite des dépenses de personnel.

Alors, quelle est la solution ? Comment favoriser une innovation pérenne ?

L’INNOVATION À LA DEMANDE

Nous avons besoin de structures stables, sur lesquelles les entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, puissent s’appuyer pour exercer leurs activités de RDI selon une approche « à la demande ». Nous devons unir nos forces pour soutenir la création de ces structures souples et modulaires. Elles permettront aux sociétés motivées d’innover, de limiter le risque et de réduire les investissements à moyen et long termes qu’il n’est pas possible d’engager dans certaines circonstances.

Ces nouveaux efforts d’innovation doivent recevoir un soutien substantiel et urgent des programmes de recherche et de développement financés par l’Europe et des programmes d’innovation nationaux. C’est ce qui est explicitement indiqué dans l’action 1 du plan d’action annoncé par la Commission européenne en décembre 2020. En effet, ce plan fait spécifiquement référence à la Facilité pour la reprise et la résilience, laquelle prévoit des réformes et des investissements nationaux pour contribuer à renforcer les capacités numériques des secteurs européens des médias d’information et de l’audiovisuel, notamment dans le cadre de projets associant plusieurs pays, comme les coproductions de contenus européens, l’infrastructure de l’espace européen des données médiatiques ou l’investissement en fonds propres pour encourager la production ou la distribution audiovisuelle européenne. Ce soutien doit dépasser la phase de développement et aider également à commercialiser, dans la période initiale, les résultats des projets d’innovation.

Comme je l’ai précédemment indiqué, l’UER est aujourd’hui la plus grande structure qui coordonne les activités de RDI des médias européens. Je pense donc qu’elle est naturellement bien placée pour piloter ces efforts d’innovation dans les technologies des médias. Si, en collaboration avec nos homologues du secteur privé, nous pouvons associer l’esprit d’innovation des projets candidats au prix T&I 2021 avec les vastes compétences universitaires et techniques dont dispose l’Europe, nous pourrons construire une structure durable qui entretiendra la flamme de l’innovation, soutiendra la croissance et développera un écosystème résilient, également capable de créer la dynamique nécessaire pour traverser les prochaines crises.