ACTUALITÉ publié le 12 août 2019 • Département / Unité Média Radio

Diriger un orchestre radiophonique au XXIE siècle

Nicholas Collon (credit: Chris Christodolou)

Alors qu'il se prépare à prendre la direction de l'Orchestre symphonique de la Radio finlandaise, Nicholas Collon, chef d'orchestre britannique de 36 ans, parle de son enthousiasme à l'idée de diriger un ensemble radiophonique et des perspectives liées à ce nouveau défi. Le jeune maestro a fait ses débuts auprès de cet orchestre en mars 2017. Il est retourné à Helsinki le 17 mai pour diriger les musiciens dans Fantasias de Julian Anderson, dans la Symphonie fantastique de Berlioz, ainsi que dans le Concerto pour piano en sol majeur de Ravel, avec Fazil Say. Vous trouverez plus d'informations sur Nicholas Collon ici.

Q : Vous êtes le premier chef d'orchestre étranger à diriger l'Orchestre symphonique de la Radio finlandaise, dont l'un des rôles principaux est de promouvoir la culture nationale. Quels sont les compositeurs finlandais que vous souhaitez mettre en avant, à part l'incontournable Sibélius ?

NC : Je suis très enthousiaste à l'idée de découvrir toute la richesse de la scène musicale finlandaise contemporaine. En Angleterre, nous nous sentons proches de la musique de Sibélius, mais au-delà de ce compositeur existe un univers que je suis impatient de découvrir. Naturellement, je connais bien l'œuvre de Kaija Saariaho et de Magnus Lindberg, mais il y a aussi, par exemple, Lena Wennäkoski, qui est en train de composer un concerto pour harpe que je jouerai avec l'orchestre. Ce sera un peu comme un voyage à la découverte de ces nouvelles voix. Et je suis sûr de réussir à dénicher quelques compositeurs inconnus en cours de route ! Je suis enchanté de pouvoir travailler en Finlande et je suis impatient d'entreprendre ce voyage avec l'Orchestre symphonique de la Radio finlandaise.

Q : La musique contemporaine occupe une place importante dans votre répertoire. Si je ne me trompe, vous avez dirigé plus de 200 nouvelles œuvres, ce qui est énorme ! Parlez-nous par exemple de celle de Kalevi Aho que vous jouerez avec votre orchestre en février 2020, une œuvre que la Radio finlandaise met à la disposition de ses Membres dans le système MUSNew, dans le cadre des concerts exceptionnels (EURO/2019-2020/PC3/010).

NC : Symphonic Dances de Kalevi Aho est une œuvre magnifique, qui sera présentée aux côtés de Symphonic Dances de Rachmaninov. Elle m'a été suggérée par l’orchestre lui-même. Je pense qu’il s’agit en partie de la reconstruction d'une œuvre de Klami, ou tout au moins que Kalevi Aho s’en est inspiré. Uuno Klami (1900-1961) est un compositeur finlandais qui a travaillé principalement dans les années 1940 et 1950. Les cinq danses de son ballet Whirls, d’après le Kalevala, le poème épique national finlandais, est probablement la source d’inspiration de Symphonic Dances de Kalevi Aho, qui est une œuvre très colorée et pleine d'énergie. Sans vouloir tomber dans les stéréotypes, je trouve qu’une grande partie de la musique contemporaine finlandaise possède cette même énergie, une énergie qui vous accroche aussitôt. Lorsque je dirige un concert de musique contemporaine, rien ne me plaît davantage que de susciter l’enthousiasme du public avec certaines notes et harmonies, ou avec certains rythmes.

Q : Vous vous êtes beaucoup intéressé à la musique russe ces derniers temps. Après avoir dirigé la Symphonie n°8 de Chostakovitch avec l'Orchestre philarmonique d'Oslo, vous avez déclaré ne jamais vous lasser de cette musique. Et en octobre, vous dirigerez la Symphonie n°9 avec l'Orchestre symphonique national danois, programmé par la Radio danoise dans le cadre de notre série de concerts exceptionnels (EURO/2019-2020/PC1/010). Qu'est-ce qui vous attire en particulier dans ce répertoire ?

NC : Eh bien, la musique est formidable, vous ne trouvez pas ? Je joue beaucoup le répertoire russe, pas tant Tchaïkovski, mais plutôt Chostakovitch, Stravinski et Prokofiev, trois compositeurs que j'aime particulièrement. Cette musique est extraordinaire à plusieurs points de vue. Je suis aussi fasciné par cette période en termes d'histoire et de culture. J'ai étudié à l'université l'influence de la Révolution et de l'Union soviétique sur ces compositeurs et leur milieu culturel, ainsi que sur leur musique.

Q : En tant que directeur d'un orchestre radiophonique, vous aurez l'occasion de défendre la mission des radiodiffuseurs publics. Quelles sont, selon vous, les différences mais aussi les similitudes entre vos nouvelles responsabilités et votre expérience avec, par exemple, l'orchestre Aurora ou celui de la Résidence de la Haye ?

NC : Il y a un principe majeur commun à tous les groupes de musiciens. Quel que soit le groupe, vous essayez de découvrir la raison de son existence, son histoire, ou la façon dont il interagit avec le public et enrichit la vie des personnes qui l'écoutent. Chaque groupe est différent. J'ai moi-même fondé Aurora au Royaume-Uni, il n'y avait donc aucune histoire préexistante. L'Orchestre de la Résidence de La Haye, en revanche, possède une longue histoire. Vous essayez alors de comprendre la direction qu'il souhaite prendre et quelle nouvelle forme lui donner. Les orchestres comme celui de la Radio finlandaise touchent un public très large grâce à la radio et à la télévision, ce qui leur permet de jouer un répertoire très audacieux sans se soucier de l'aspect commercial. C’est une liberté que beaucoup peuvent envier ! Avec l'Orchestre symphonique de la Radio finlandaise, je m'embarque dans une mission très risquée, car je suis à la pointe de la musique contemporaine, que j'encourage en fait. Cela représente un niveau d'expérimentation auquel un ensemble non radiophonique ne peut tout simplement pas aspirer, d'autant plus que tous nos concerts seront diffusés à la radio et à la télévision.

Q: Avec Aurora, dont vous êtes l'un des co-fondateurs, vous participez régulièrement aux BBC Proms depuis 2010. Comment préparez-vous un concert dans le cadre d'un festival populaire lorsqu'une partie du public ne se trouve pas dans la salle, mais écoute le concert à la radio ?

NC : Je suis bien entendu ravi de savoir que tous ces auditeurs m'écoutent à la radio, mais ma priorité reste la représentation en direct. Je dirais que la différence principale réside dans le texte que nous devons prononcer et que nous rédigeons à l'avance pour qu'il ne soit pas trop long pour les auditeurs. Mais c'est un concert en direct que nous préparons dans la salle. C'est d'ailleurs ce qui plaît aux auditeurs, attirés par l'effervescence d'un concert diffusé en live.

Q : On entend souvent le terme « novateur » en référence à l'ensemble Aurora. Ses musiciens interprètent des symphonies sans partition, ce qui permet un contact plus intime avec le public. Parlez-nous un peu de vos efforts pour réinventer le format des concerts, comme vous le faites avec votre mise en scène façon « théâtre orchestral » de la Symphonie fantastique de Berlioz, dans le cadre des Proms en septembre (à la disposition des Membres dans les Festivals d'été, sous la référence ER/2019//04/20/15).

NC : Le fait de mémoriser la symphonie nous permet d’être plus audacieux. Ainsi pour ce concert, un acteur parlera de Berlioz et de sa relation avec Harriet Smithson et de l'influence que cette femme a eue sur la symphonie et sur la façon dont elle a été composée. Ou bien, comme nous n'avons pas de partition, nous pouvons jouer la Scène aux champs dans le noir complet, ce qui procure une sensation totalement différente au public. De même, nous jouerons le dernier mouvement (Songe d'une nuit de Sabbat) en portant des masques pour donner l'illusion d'une nuit remplie de démons, de magiciens et de sorcières.

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