ACTUALITÉ publié le 07 oct. 2019

"Un conte de deux villes" : une première pour deux Membres Radio de l'UER

Katie Derham et Clément Rochefort (crédit photographique : BBC et Radio France)

La BBC et Radio France ont décidé de collaborer pour montrer que la radio connaît actuellement "le meilleur des temps", pour reprendre l'expression des premières lignes du roman emblématique de Charles Dickens. Pour la première fois de leur histoire, ces deux Membres de l'UER ont uni leurs efforts dans le cadre d'un projet bilingue destiné à mettre en lumière de jeunes talents musicaux. Dans ce cadre, deux émissions seront retransmises en direct depuis Londres et Paris.

Le vendredi 11 octobre, Katie Derham, de BBC Radio 3, sera à Paris pour la diffusion de l'émission Générations France Musique, le live, présentée par Clément Rochefort et à laquelle participeront des musiciens britanniques et français de premier plan. Parmi eux, l'altiste Timothy Ridout, qui fait partie des étoiles montantes de la scène musicale que la BBC a choisi de mettre en avant.  Le lendemain, Katie et Clément seront tous deux à Londres où Katie animera son émission "In Tune". Nous avons demandé à Katie, à Clément et à Stéphane Grant, producteur à France Musique, de nous raconter avec leurs propres mots comment ce projet novateur a vu le jour et de nous en dire plus sur le déroulement de ce projet inédit.

Q : Katie, vous présentez l'émission "In Tune", sur Radio 3, aux côtés de Sean Rafferty, et vous proposez à vos auditeurs un large éventail de musique classique, de jazz, de folk et de musiques du monde. Vous les informez également des évolutions du monde artistique. Votre émission est connue pour retransmettre des prestations données en direct et en studio, mais aussi pour son approche éclectique : vous avez ainsi associé les Eagles et Beethoven, ou demandé à un violoniste quelle était son équipe de football rêvée. Que préparez-vous pour cette émission ?

Katie Derham: Éclectique, vous avez employé le mot juste ! Ce qui fait la particularité d'"In Tune" ou des programmes de France Musique, c'est que tout peut arriver, parce qu'ils sont diffusés en direct et que les musiciens sont des personnes passionnantes et tout à fait imprévisibles. Je suis fan du format de l'émission, que nous allons faire partager aux auditeurs français. Un large éventail de genres musicaux seront mis en lumière à cette occasion. Nous pourrions notamment avoir un quintette, un groupe de jazz, un ténor ou un guitariste solo. Les auditeurs doivent s'attendre à tout ! Mais j'espère surtout que nous pourrons nouer un dialogue intéressant, avec de nombreux rebondissements. Nous ne nous contenterons pas de demander à nos invités où ils ont étudié, avec qui ils aiment travailler, ou quel concours ils espèrent remporter. Il n'est donc pas exclu que nous finissions par parler de nos loisirs ou de nos familles. C'est aux musiciens eux-mêmes et à leur personnalité que nous nous intéressons, et c'est ce qui fait toute la particularité de notre émission.

Q : Stéphane, parlez-nous un peu de la genèse de ce projet. Qu’est-ce qui l’a fait germer ?

Stéphane Grant : Le directeur de France Musique Marc Voinchet et moi-même, en regardant les programmes de Radio 3 et en les comparant à ceux de France Musique, on se disait qu’on avait des sujets qui nous rapprochaient et sur lesquels on pourrait travailler ensemble. Qui plus est, dans un contexte, et dans un moment particulier où, en France comme en Grande-Bretagne, et comme dans beaucoup d’autres pays en Europe, des personnes s’interrogent sur la mission du service public.

Du coup, il est devenu évident qu’il nous fallait rencontrer nos collègues des programmes de musique pour les connaître, échanger nos points de vue sur nos programmes respectifs. Et l’idée s’est fait jour de créer un événement ensemble. Petit à petit, ce projet a pris forme – Clément pourra vous en parler plus en détail – avec cette coproduction entre Radio 3 et France Musique de deux grands rendez-vous, donc Générations France Musique, le live et In Tune. Et surtout, que ce programme devait être diffusé en même temps sur Radio 3 et sur France Musique.

Q : Clément, chez vous aussi, l’émission est axée sur le direct, avec de jeunes musiciens qui viennent se produire devant les micros ou pour présenter un enregistrement récent. Quels musiciens prévoyez-vous d’accueillir sur le plateau ?

Clément Rochefort : Effectivement, c’est une émission pas tout à fait comme les autres. On a prévu un mélange à la fois de jeunes artistes français et de jeunes artistes britanniques. On aura par exemple un jeune altiste britannique qu’on avait découvert l’année dernière dans Générations France Musique, le live. Il s’appelle Timothy Ridout, et il est absolument exceptionnel. Quand il était venu jouer pour nous, je crois que c’était la première fois dans l’histoire de l’émission que le public était si ému qu’il n’était même pas capable d’applaudir. Donc on a décidé de le faire revenir pour jouer en duo avec un jeune pianiste français [Guillaume Vincent].

On aura aussi le jeune Quintette Tchalik, piano et cordes, et deux lauréats – ou plutôt lauréates – du Concours Corneille. C’est un concours de musique baroque intéressant, de très haut niveau, qui se passe en France sous les auspices du Poème Harmonique de Vincent Dumestre. On aura la chance d’avoir les deux lauréates, une mezzo-soprano et une soprano. Et le hasard fait bien les choses car le premier et le deuxième prix ont été décernés à une Britannique [Bethany Horak-Hallett] et à une Française [Julie Roset] ! Donc on a décidé de les faire venir toutes les deux et de chanter ensemble.

Et puis on aura un ensemble vocal français, Les Voix Animées, sous la direction de Luc Coadou, qui fait partie de ces artistes spécialisés dans le répertoire a cappella de la Renaissance.

Q : Du point de vue pratique et logistique, comment envisagez-vous le déroulement de cette émission simultanée en direct en deux langues différentes ? / Merely from a practical and logistical standpoint, how do you see this happening, with a live simultaneous broadcast in two languages?

Katie: Well, I think that audiences will be able to listen in either language, as there will be translation that will take place on the day. The music, of course, needs no translation. I wouldn’t be at all surprised if I’ll be constantly practicing my schoolgirl French! I’m sure Clément speaks very good English, and I think between us, we’ll communicate effectively for all the listeners.

Clément : Pour moi, ça va être une première. Je n’ai jamais fait une émission de ce genre. En réalité, concrètement, on a quand même l’habitude à France Musique de recevoir des artistes étrangers, avec qui on a fait des morceaux d’émission en anglais. Mais là, on a pensé, pour plus de fluidité, à recruter un traducteur, qui sera en studio à la Maison de la Radio, donc pas avec nous sur le plateau, et qui pourra prendre le relais pour tous les passages en anglais. Mais je pense que les échanges avec Katie se feront naturellement. Evidemment, on fera des sortes de petits résumés rapides, sur scène pour le public. Je pense qu’il n’y aura pas le moindre problème !

Stéphane : Si vous permettez que je précise : Clément sera au Théâtre de l’Alliance Française, boulevard Raspail, et non pas à la Maison de la Radio. C’est là qu’ont lieu les émissions de Générations France Musique, le live, tous les samedis, en direct. J’aimerais ajouter encore une chose : le fait de faire une émission en deux langues, en réalité, c’est un concept tout à fait naturel. Quand vous regardez le monde de la musique et le monde des jeunes musiciens, ils sont tous internationaux. Les jeunes artistes français, ils vont se produire en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, et inversement. Tous les musiciens voyagent partout dans le monde.

Q: On Oct. 11 and 12, we’ll be less than three weeks away from a certain famous deadline: is this bilingual programme a subtle way of dealing with the Brexit elephant in the room?/Les 11 et 12 octobre, on se rapproche du délai fatal de la sortie du Royaume-Uni, ou pas, de l’Union Européenne. Cette émission se veut-elle un clin d’œil au Brexit ?

Katie: This is a very good question that I wasn’t expecting! You know what, you’re right. Everybody, as we approach the end of October, is talking, as they have been for some years, about what’s going to happen, and who knows here in England what will have been agreed by then? However, what I would say is that this is a good way of showing how young musicians from all over the world can entertain and inform and work together both in France and in England, and this is exactly the kind of collaboration which we’ve always enjoyed and which I’m sure that all of us wish to continue to enjoy. That for me is the message, and I hope that will speak volumes without it having to become just another political discussion. To be honest with you, I think all of us have heard enough political discussions!

Stéphane : Ce n’était pas du tout simple de trouver une date commune qui convienne à nos amis de Radio 3 et à nous-mêmes. Effectivement, à ce moment-là on sera peut-être (!) à quelques jours du Brexit. Pour faire rayonner ces deux émissions communes, et montrer, plus que jamais, nos liens et notre intérêt pour tout ce qui a trait à la musique en Grande-Bretagne, j’ai demandé aux équipes de France Musique de concevoir toute une semaine de programmes made in UK ! Un focus sur le répertoire classique, des concerts du soir, une émission entière dédiée à la création musicale avec notamment un portrait de Mark-Anthony Turnage, un opéra, Falstaff, capté au Covent Garden et beaucoup d’autres choses !

Alors Brexit ou pas Brexit – évidemment si oui, ce serait très triste – mais cela n’entachera en rien nos liens, au contraire. Il y a des choses qu’on va continuer à faire avec nos amis anglais, et en particulier sur le plan musical. Il y a une dizaine de jours, j’avais la chance d’être à Londres pour la Last Night at the Proms. Le directeur des Proms m’a demandé à l’entracte si je serais toujours là l’année prochaine, et j’ai répondu que oui, évidemment, on sera là, et plus que jamais. France Musique diffuse un grand nombre de ces Proms, et la Last Night en direct.

Je trouve que ces dates-là (11-12 octobre), d’une certaine façon, tombent plutôt bien car c’est l’occasion de mettre en exergue ces liens. Comme l’a dit Clément, au fond la jeune génération outrepasse ce genre d’événement politique.

Clément : Mais ce n’est pas seulement la jeune génération, parce qu’en fait, moi, j’aime beaucoup la musique ancienne et la musique baroque. Déjà au 16e siècle (et même avant), il était naturel pour les musiciens italiens de jouer en Angleterre, ou les musiciens anglais de s’exporter en Italie en passant par la France. Disons que tous voyageaient. En effet, Brexit ou pas Brexit, quels que soient les avantages économiques ou politiques, pour moi, l’essentiel est de montrer que musicalement, il n’y a aucune frontière entre l’Angleterre et la France.

Q : Vos organismes radiophoniques disposent tous les deux de leurs propres ensembles de musique. Au-delà du projet en octobre, quels sont les domaines où vous verriez les possibilités d’une certaine synergie avec la BBC ? Peut-être la présentation bilingue d’un concert par le Philharmonique de Radio France à Londres, ou par un orchestre de la BBC à Paris ? / Both your radio organizations have their own music ensembles. Beyond the project in October, what are the areas where you would see possible synergy with France Musique? Perhaps the bilingual presentation of a concert by the Radio France Philharmonic in London, or of a BBC orchestra in Paris?

Stéphane : Ce serait évidemment une excellente idée, parfaite et géniale. On a déjà en France, et au-delà de Radio France, une collaboration qui se noue entre les orchestres français et ceux de la BBC. Par exemple, étant donné la proximité géographique, l’Orchestre de Bretagne a noué cette année des relations avec des orchestres de la BBC.

Clément : En ce qui me concerne, j’adore Londres. Si l’on peut, assez régulièrement, présenter sur France Musique en direct de Londres des concerts des orchestres de la BBC, je serai ravi de le faire !

Katie: And we would welcome you any time! Of course, with the collaboration that we are entering into with this project, I’m sure we’ll be working closely with our friends. I know the BBC orchestras adore touring in France, so I can’t think of any better way than to be welcomed by your organization as well. I just wanted to add that the BBC Proms regularly welcome French orchestras. This is something that all of us want to continue.

Stéphane : Puisqu’on parle des formations maison et du rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne, j’ajouterais aussi que la directrice musicale de la Maîtrise de Radio France, Sofi Jeannin, est depuis peu la directrice musicale des BBC Singers. Peut-être qu’elle nous aidera à faire ce rapprochement que nous tous souhaitons très profondément et ardemment.

Q : Dernière précision : le programme aura bien lieu le 11 octobre à Paris, et le 12 à Londres, n’est-ce pas ? / One final question: we have the first part of the bilingual programme on 11 October from Paris, with the next day in London?

Katie: Yes, we will be the guests of our French friends on the Friday, and then we will all go to London for our programme, In Tune, on the Saturday. I’d just like to add that we should recognize how much we’re focusing on young talent in our two countries and in these two programmes, with featured artists from the BBC New Generation Artists scheme. This has been just marvellous for talented young musicians over the past 15-20 years. So I’m very excited that we’re going to be featuring some amazing new talent. They may not be all household names, but there will be some fabulous New Generation talent on stage in both Paris and London.

Clément : Katie, nous sommes ravis de pouvoir découvrir de jeunes talents britanniques, et de présenter à nos amis britanniques de jeunes talents français, car c’est aussi la vocation de Générations France Musique, le live de faire dialoguer les générations, mais surtout à faire émerger, auprès du grand public des mélomanes, des artistes qu’ils ne connaissent pas encore parce qu’ils sortent du conservatoire, et que nos émissions respectives constituent en quelque sorte la première fenêtre pour ces jeunes musiciens vers un grand public international.

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Traducteur principal et éditeur musical
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