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DISCOURS

Jean Philip De Tender : la société aura toujours besoin des médias de service public si nous restons fidèles à nos valeurs

22 octobre 2025
Jean Philip De Tender : la société aura toujours besoin des médias de service public si nous restons fidèles à nos valeurs
Jean Philip De Tender, directeur général adjoint et directeur des médias de l'UER, a prononcé ce discours lors du salon Public Broadcasters International, le mardi 22 octobre 2025, à Sofia, en Bulgarie.

 

Bonjour à tous. C'est un véritable privilège de vous retrouver ici à Sofia, entouré d'amis et de collègues.

Permettez-moi tout d'abord de remercier notre hôte, Milen Mitev, directeur général de la Radio nationale bulgare, pour son accueil si chaleureux.

Milen et son équipe incarnent véritablement les valeurs des médias de service public dans cette région, et il est tout à fait approprié que PBI se réunisse à Sofia sous le toit de la BNR.

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Le thème de PBI de cette année : l'état des médias de service public. C'est on ne peut plus opportun.

Car si l'on examine attentivement la question, on pourrait déceler un paradoxe flagrant.

D'un côté, les médias de service public sont adaptables, créatifs et dignes de confiance.

Mais de l'autre, nous sommes aussi vulnérables, contestés et constamment sous le feu des critiques.

Nous sommes confrontés à des pressions simultanées sur de multiples fronts : politiques, technologiques, financiers, ainsi qu'à des changements radicaux dans les comportements du public.

Et pendant ce temps, nous devons prouver notre valeur de manière plus convaincante que jamais : à quoi servons-nous ? Qui servons-nous ? Comment justifions-nous notre financement ?

Avant la discussion de ce matin, je souhaitais aborder trois points : nos réussites, nos défis et les opportunités qui, selon moi, s’offrent à nous tous.

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Bon, je vais commencer par quelques nouvelles positives.

Tout d’abord, les études menées en Europe montrent systématiquement que les MSP sont les institutions médiatiques les plus fiables. Sans exception.

À l'ère de la surabondance d'informations, où les théories du complot et les deepfakes touchent des millions de personnes en quelques secondes, cette confiance durable est extrêmement précieuse.

Car la confiance du public est non seulement comme l'oxygène des médias de service public, mais elle est aussi un élément essentiel de l'infrastructure démocratique nationale.

Deuxièmement, nous constatons également que nos Membres se réinventent constamment pour aller à la rencontre des publics là où ils se trouvent.

Qu'il s'agisse de NRK en Norvège qui lance des formats destinés aux jeunes sur TikTok, de France Télévisions qui développe sa marque pour enfants Okoo, une offre numérique sans publicité également présente sur plusieurs chaînes hertziennes, ou des nombreux diffuseurs qui adaptent leur stratégie au nouvel environnement politique, Nos membres s'adaptent bien.

Troisièmement, les MSP se mobilisent pour l'intérêt public là où d'autres ne le peuvent pas. ou ne le feront pas.

Un exemple frappant est une étude sismique menée conjointement par la BBC et l'UER sur les assistants IA, publiée il y a quelques jours.

Dans 22 pays, en plusieurs langues, nous avons testé ce qui se passe lorsque les gens demandent des informations aux outils d'IA.

Les résultats ont révélé des distorsions, des incohérences et des biais systémiques.

Chaque jour, des millions de fois, l'IA reprend les informations des médias de service public européens, les reformule et en donne une version erronée.

L'IA déforme les citations, les décontextualise, attribue des idées et des déclarations de manière erronée, et même hallucine de fausses informations.

À notre connaissance, les régulateurs ne se penchent pas sur ce problème avec la moindre urgence, voire pas du tout.

L'Union européenne et Les lois nationales censées responsabiliser les fournisseurs d'informations ne sont pas appliquées efficacement.

Il fallait bien que quelqu'un tire la sonnette d'alarme, et ce sont les médias de service public qui l'ont fait. Nous avons comblé ce vide, car il est dans l'intérêt public de le faire.

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Je crains donc qu'il ne soit temps de nous annoncer des nouvelles plus sombres.

Les médias de service public sont aujourd'hui confrontés à des défis plus importants que jamais dans leur histoire.

Il est important d'être lucide à ce sujet.

Les audiences sont fragmentées, les jeunes délaissant souvent complètement nos services de radio et de télévision traditionnels.

Nous avons constaté une augmentation des publics difficiles à atteindre et une certaine tendance à éviter l'information. Non pas parce qu'ils s'en moquent, mais parce qu'ils se sentent dépassés, désenchantés ou exclus de la manière dont les histoires sont racontées.

Si notre contenu n'est pas visible dans les espaces où ces personnes passent leur temps, il est invisible et nous ne leur sommes d'aucune utilité.

Politiquement, le terrain est en train de se dégrader sous nos pieds. De plus en plus de gouvernements ne considèrent plus des médias forts et indépendants comme un atout. Au contraire, ils nous considèrent comme une entrave gênante à leur contrôle.

En conséquence, nos modèles de financement sont mis à rude épreuve, nos structures de gouvernance sont remises en question et nos conseils d'administration sont politisés. Nous constatons des exemples de ce type de pression indirecte en Europe et au-delà.

Certains de nos membres ont la chance d'évoluer dans des démocraties solides, où les MSP sont correctement financés et protégés par des lois strictes.

Mais d'autres travaillent dans des contextes précaires où leur indépendance est menacée.

En d'autres termes, le tableau mondial n'est pas uniforme : c'est une mosaïque de forces et de luttes.

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Je dirais que la question que nous devons nous poser chaque jour est : comment protéger l'essentiel ?

L'une des clés est d'assurer une gouvernance efficace.

Cela implique des conseils d'administration indépendants. Financement transparent. De solides garanties juridiques contre l'ingérence politique.

Mais au-delà de cela, la gouvernance est une question de culture. C'est la pratique quotidienne et vécue de la prise de décision indépendante.

Si le public pense que les politiciens dictent nos lignes éditoriales, sa confiance s'évaporera. Si les journalistes se sentent limités, leur curiosité et leur créativité s'éteignent.

Nous devons constamment défendre cette culture d'indépendance, car sans elle, nous ne pouvons pas servir le public.

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Mesdames et Messieurs, après avoir assombri l'ambiance, je vais tenter de la détendre.

Parce que je suis optimiste, je terminerai sur une note optimiste.

Malgré les grands défis, nous avons encore de bonnes raisons de garder espoir et d'aller de l'avant.

Parce que les médias de service public ont une qualité unique : nous existons pour servir l’ensemble de la société, et pas seulement les secteurs rentables ou puissants.

Nous n’avons pas d’actionnaires ; notre dividende est la confiance.

Nous avons le privilège d’investir dans des sujets que les opérateurs commerciaux refusent d’aborder parce qu’ils ne maximisent pas les clics ou les revenus publicitaires, mais qui comptent pour nos communautés.

Nous pouvons montrer la voie à des initiatives sociales essentielles, comme l’éducation aux médias.

Dans un monde de deepfakes, de tromperies et de biais algorithmiques, il faut bien que quelqu’un aide les gens à traverser ce chaos.

Et qui mieux que nous ? Personne d'autre ne possède à la fois l'expertise et le mandat public.

Et n'oublions pas notre rôle d'innovateurs.

Les radiodiffuseurs de service public ont été des pionniers de la télévision, de la radio, et aujourd'hui, nous sommes des pionniers des podcasts, du streaming et, bien sûr, de l'expérimentation de l'IA.

Nous ne nous contentons pas de nous adapter au changement ; ce sont souvent les MSP qui l'anticipent et l'accompagnent.

Les MSP ne sont ni un luxe ni un atout. Ce sont des moteurs essentiels de la démocratie, de la culture et de la citoyenneté, et il est dans l’intérêt de tous de veiller à ce qu’ils restent forts.

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Je voudrais conclure par cette observation.

L’« état des médias de service public » Ce n'est pas un tableau à accrocher au mur et à contempler.

C'est une histoire vivante et évolutive, soumise aux circonstances changeantes dans lesquelles elle existe.

Elle est influencée par la politique, la technologie et les changements sociaux.

Mais elle dépend aussi de nos choix quotidiens : le courage de tenir bon, la créativité de se réinventer, l'engagement à servir l'intérêt général dans tout ce que nous faisons.

Des vents contraires violents nous menacent. Mais il y a aussi la résilience.

Il y a des attaques frontales. Mais il y a aussi la confiance du public.

Si nous restons fidèles à nos valeurs – indépendance, innovation, inclusion – alors je crois que les MSP ne survivront pas seuls au prochain chapitre.

Nous serons toujours ce dont les sociétés ont le plus besoin : des voix fiables, indépendantes et faisant autorité dans un monde bruyant, contesté et confus.

Merci.
 

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