BLOG publié le 16 nov. 2018 • Département / Unité Relations aux Membres et Communication

50 Ways to Make it Better

Dans un monde de plus en plus polarisé, au sein duquel les partis populistes alimentent la défiance des citoyens à l'égard des institutions, le journalisme devient un métier risqué.

Les professionnels des médias sont étiquetés "ennemis du peuple", incarcérés pour avoir pris la parole, parfois même assassinés pour avoir voulu rendre compte de l'actualité. En moyenne, un journaliste meurt chaque jour dans l'exercice de ses fonctions.

Les journalistes constituent une cible toute trouvée pour certains responsables politiques. Une étude récente sur les environnements hostiles aux médias a mis en évidence la loyauté des individus à l'égard de ce qu'ils considèrent être leur "tribu" : ainsi donc, si les médias sont présentés comme appartenant à une tribu ennemie, gagner la confiance du public s'avère être pour eux une véritable gageure.

Intitulé "50 Ways to Make it Better", notre nouveau rapport souligne la nécessité, pour les organisations journalistiques, de déployer davantage d'efforts pour se défendre et répondre aux critiques, si elles veulent resserrer leur liens avec le public et regagner sa confiance.

Nous devons nous assurer que les citoyens comprennent bien l'importance du journalisme de qualité, ainsi que le rôle essentiel des médias de service public dans nos sociétés. Car telle est la vocation même des MSP dans toute démocratie : répondre aux besoins des citoyens, de tous les citoyens. Ils doivent aussi scruter l'exercice du pouvoir et se faire "la voix des sans-voix".

Certains ont bien évidemment intérêt à nous faire taire, lorsque nous mettons en lumière des pratiques douteuses ou des injustices flagrantes.

Sensibiliser l'opinion à la raison d’être et à l'éthique du journalisme relève de notre responsabilité collective. Comme le souligne l'ancienne journaliste Sally Lehrman dans notre rapport, la confiance est affaire de relation.

Les médias de service public entretiennent depuis de nombreuses années des liens de confiance avec leur public. Mais cette situation ne saurait être tenue pour acquise.

Les médias sociaux sont mis à profit pour demander des comptes, mais ils contribuent aussi à l'essor de la désinformation. Face à ce constat, nous ne devons pas craindre les critiques, ni les ignorer.

Mais nous ne devons pas non plus laisser les médias sociaux saper les normes professionnelles que nous appliquons, ni fragiliser les valeurs fondamentales que nous partageons. Nous ne devons pas céder à la tentation de suivre le rythme d'un support encore largement dérèglementé, qui manque de rigueur et qui a perdu la confiance d'une partie de ses utilisateurs.

Il convient de souligner et de promouvoir, lorsque cela s'avère nécessaire, l'importance d'une crédibilité durement gagnée. De notre côté, cela implique de reconnaître nos erreurs en toute transparence, de renforcer les alliances que nous avons forgées ou encore de lancer des initiatives en faveur de l'éducation aux médias.

Cela implique également de nous remettre en cause, car c'est ainsi que nous avons gagné notre crédibilité, à laquelle nous attachons une importance primordiale.

Nous nous réjouissons de constater qu'un grand nombre de nos Membres s'emploient activement à dialoguer avec leur public. Ainsi donc, le rédacteur du principal bulletin d'information de l'ARD, l'un de nos Membres allemands, tient un blog sur les médias sociaux, dans lequel il explique ses choix éditoriaux ; sur France Info, le journaliste de "L’instant Detox" est en live sur Facebook pour parler des fake news et des idées reçues ; la BBC, quant à elle, a mis en place un mécanisme de gestion des plaintes à l'échelle sectorielle. Je pourrais citer encore de nombreux exemples.

Il est également encourageant de constater, à la lumière des travaux de recherche que nous avons menés, que la confiance envers les médias traditionnels (presse écrite et médias audiovisuels) a progressé ces dernières années en Europe. Il ne tient qu'à nous de mieux faire connaître tous les bienfaits que nous procurons à la société.

Tout a changé depuis l'époque où j'étais journaliste en Irlande, dans les années 90, et pourtant rien n'a changé.

Nous avons toujours vocation à être la voix des sans-voix et à informer les citoyens de manière à ce qu'ils puissent se forger leur propre opinion et prendre des décisions éclairées.

Dans un monde où il est de plus en plus facile de manipuler et de contrôler les informations diffusées en ligne, la pratique d'un journalisme de qualité n'a jamais été aussi importante pour la société et la démocratie.