DISCOURS publié le 02 oct. 2020

Allocution du Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres à l’AG de l’UER

Le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres a pris la parole devant l’Assemblée générale de l’UER sur le rôle des médias et les valeurs partagées par les deux organisations

Chers.ères ami.e.s,

Merci de m’avoir invité à prendre la parole devant les dirigeant.e.s de médias de service public européens.

Aux Nations Unies, nous reconnaissons le rôle clé que vous jouez dans vos pays, à tout moment mais surtout pendant l’actuelle pandémie de COVID-19.

Je félicite votre nouvelle présidente, Mme Delphine Ernotte, pour son élection et lui adresse mes meilleurs vœux pour le chemin à parcourir pendant cette période cruciale.

Je remercie le président Tony Hall pour son leadership déterminé dans des circonstances exceptionnelles, qui a conduit au renforcement de la coopération entre nos deux institutions.

La liberté de la presse est un pilier de la démocratie. Lorsque des journalistes sont pris pour cibles, toute la société en paie le prix. L’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme garantit le droit à la liberté d’opinion et d’expression pour toutes et tous.

Je tiens à vous assurer que je suis fermement déterminé à défendre ces droits et, à l’heure où les journalistes sont de plus en plus confronté.e.s au harcèlement et aux attaques dans un si grand nombre de régions du monde, à garantir que les reporters aient la sécurité et l’espace civique nécessaires pour mener à bien leur mission essentielle.

Chers.ères ami.e.s,

2020 aura été une année comme aucune autre.

Un virus microscopique a pris plus d’un million de vies, détruit des sources de revenu et entraîné partout de profonds bouleversements.

Il a changé notre façon de travailler, de manger, de voyager, d’aller à l’école et de nous saluer les un.e.s les autres – l’essence même de notre vie quotidienne.

La pandémie a révélé – et amplifié – la fragilité de notre monde et les failles qui traversent nos communautés et nos pays, les groupes les plus vulnérables étant les plus touchés.

Aussi épouvantable qu’ait été le COVID-19 jusqu’à présent, il représente aussi très probablement une répétition générale des défis à venir – à commencer par le dérèglement climatique.

Si nous voulons venir à bout de la pandémie, prévenir les catastrophes climatiques et reconstruire nos sociétés de façon plus juste, plus résistante et plus durable, nous devons renforcer la cohésion au sein de nos pays et augmenter la coopération entre eux.

Le virus ne reconnaît ni frontière, ni ligne de démarcation d’aucune sorte.

Le multilatéralisme et la coopération internationale restent la seule façon de résoudre un défi intrinsèquement mondial comme celui auquel nous sommes confronté.e.s.

C’est vrai pour le COVID-19, mais c’est vrai aussi pour la crise climatique, la lutte contre les inégalités, la promotion de l’égalité des sexes, l’éradication de la faim et la scolarisation de tous les enfants.

Pourtant, précisément au moment où une solidarité renforcée est plus que jamais nécessaire, nous voyons un monde de plus en plus fracturé, avec des pays qui font cavalier seul face à la pandémie, dans un contexte de tensions géopolitiques et de défiance croissantes. Les conflits armés en cours ne font qu’aggraver les choses. Nous devons venir à bout des conflits « froids », présents ou futurs, et mettre un terme aux conflits « chauds ». C’est pourquoi, la semaine dernière, j’ai de nouveau appelé à un cessez-le-feu mondial d’ici à la fin de l’année. 

Nous sommes à un tournant décisif.

2020 marque à la fois le 75e anniversaire des Nations Unies et le 70e anniversaire de votre organisation. Toutes deux sont nées des suites d’une pandémie, d’une guerre mondiale et d’une crise économique. 

Le monde entier a alors vu que le meilleur moyen de garantir une véritable sécurité nationale était de s’y atteler ensemble, par le biais de la coopération, du partage de fardeau et du respect de la loi. 

Une Troisième Guerre mondiale, que beaucoup avaient redoutée, a été évitée.

Mais aujourd’hui, nos défis sont profonds – et les populations attendent davantage du système multilatéral.

Nous marquons le 75e anniversaire des Nations Unies non pas par une célébration, mais par une conversation, avec une discussion sérieuse partout dans le monde.

Nous avons contacté des personnes dans le monde entier par le biais de dialogues, de sondages et d’enquêtes au sujet des priorités qui devraient être les nôtres et de la façon dont nous pouvons construire l’avenir que nous voulons.

Plus d’un million de personnes nous ont répondu. Leurs réponses ont révélé une grande anxiété concernant la pandémie, le changement climatique et bien d’autres choses encore. À noter aussi, un ardent désir de solidarité mondiale et une forte croyance dans le rôle d’instrument de progrès que constituent les Nations Unies, requérant naturellement réforme, transparence et responsabilité. Je prends ces résultats à cœur et je suis fermement déterminé à honorer cette confiance en agissant sur les vraies préoccupations des vraies gens.

C’est pourquoi la reprise est si importante. Nous ne pouvons pas revenir à la situation d’avant ; nous devons faire ce qu’il faut pour l’avenir.

Les Objectifs de développement durable restent bien sûr notre feuille de route. Ils peuvent nous aider à pallier les lacunes et à lutter contre les inégalités qui avaient amené le monde à faire fausse route et nous avaient rendus vulnérables à une pandémie.

Ayant à cœur d’aller dans la bonne direction, nous venons de lancer la Décennie d’action. En fait, nous sommes loin d’être sur la bonne voie dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable. 

Et c’est là que la coopération entre nos organisations peut être si fructueuse.

Je suis enchanté que votre organisation compte parmi les membres fondateurs du Pacte médiatique ODD et je me réjouis que nous disposions d’un cadre commun diffusant les messages de l’ONU à un public plus large.

Notre coopération dure depuis des décennies et couvre plusieurs questions clés. Ensemble, nous promouvons la démocratie, nous luttons contre la désinformation et nous défendons la confiance, la diversité et l’innovation.

Aujourd’hui, je vous invite à participer encore plus étroitement aux efforts que nous déployons pour diffuser des informations fiables et précises par l’intermédiaire de l’initiative « Vérifié » de l’ONU.

« Vérifié » est notre réponse à un élément marquant concernant le COVID-19 : il s’agit non seulement d’une urgence sanitaire publique, mais aussi d’une urgence en matière de communication.

Dès que le virus a commencé à se propager, des messages inexacts et dangereux ont proliféré, laissant les populations désorientées, fourvoyées et mal conseillées.

Nous devons veiller à ce que les conseils sanitaires circulent plus rapidement et atteignent les populations quel que soit l’endroit où elles accèdent aux informations.

Je suis très heureux que l’Union Européenne de Radio-Télévision et l’ONU partagent le même objectif, y compris par le biais de votre Initiative relative à une information digne de confiance.

C’est particulièrement important alors que nous mettons tout en œuvre pour renforcer la confiance du public dans la sécurité et l’efficacité de futurs vaccins et traitements contre le COVID-19. Nous avons besoin d’un « vaccin universel », d’un bien public mondial qui soit non seulement abordable et disponible, mais aussi accepté par toutes et tous.

Nous devons également renforcer l’immunité de nos sociétés contre le virus de la haine.

Je continue d’appeler tous les médias à en faire plus pour arrêter la propagation des discours de haine, à l’antenne et en ligne.

Chers.ères ami.e.s,

En ce moment crucial, nous avons besoin des médias pour informer le public et lui fournir des informations exactes et étayées par la science, et contrecarrer les mensonges et la désinformation. C’est ce que les médias de service public font mieux que n’importe qui d’autre actuellement. 

Nous pouvons sauver des vies en établissant la confiance dans une réponse basée sur la science pour vaincre le COVID-19, et contribuer à la reprise. Il n’y a qu’ensemble, en faisant preuve de solidarité, que nous sortirons de cette pandémie en nous dirigeant vers des lendemains meilleurs et plus sûrs.

Je vous remercie de votre soutien et j’attends maintenant avec impatience notre discussion. 

Merci beaucoup.