ACTUALITÉ publié le 13 oct. 2022

Le Bureau de l’UER à Moscou, témoin de la Russie en guerre

Lorsque le président Poutine a ordonné l’invasion de l’Ukraine, le 24 février dernier, Kate de Pury, responsable du Bureau de l’UER à Moscou, a compris qu’elle et ses quelques collaborateurs auraient un rôle essentiel à jouer. Les faits étaient au premier plan de l’actualité internationale et survenaient à un moment où le Bureau de l’UER à Moscou, créé il y a trente ans, ainsi que la plupart des médias occidentaux en Russie, étaient confrontés à d’importantes difficultés causées par les autorités russes.

« Pour le Bureau de l’UER à Moscou, ce fut un moment très marquant », souligne Kate de Pury, avant d’ajouter : « Nous étions les témoins de la guerre menée par le Kremlin et, surtout, de son impact profond sur la société, la population et les institutions en Russie. Nous devions rendre compte de tous les aspects de l’actualité, le plus précisément possible. Mais nous étions bien conscients que, quelques semaines auparavant, nos collègues de la Deutsche Welle, Membre allemand de l’UER, avaient vu leur bureau à Moscou être fermé et leurs cartes de presse retirées. Nous étions sur la corde raide. »

Pour l’Échange d’actualités Eurovision, qui partage des sujets vérifiés et fiables dans le monde entier, il était impératif que le Bureau de Moscou poursuive sa mission d’information du côté russe, afin d’aider à mieux comprendre comment la stratégie et les tactiques des principaux acteurs évolueraient à chaque tournant de la guerre. Pour cela, il fallait avoir accès à la couverture et à l’analyse du président Vladimir Poutine, du ministre de la Défense et du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Les propos de Kate De Pury concernant l’intérêt de travailler sur le terrain et d’être indépendant sont clairs : « Notre travail est de comprendre, pas de s’identifier. Cela fait trente ans que nous avons noué des contacts étroits avec les autorités russes. Nous savons à qui nous devons nous adresser et quelles sources d’information contacter pour traiter les sujets en toute indépendance. »

L’UER s’est appuyée sur des correspondants locaux et les réseaux sociaux pour rendre compte de ce qui se passait réellement dans l’est de l’Ukraine occupé par la Russie, depuis la destruction massive de villes comme Marioupol et Severodonetsk, jusqu’aux tentatives de « russification » et la dégradation de la sûreté dans la centrale nucléaire de Zaporijia, notamment à la veille de l’annexion illégale de ces territoires par la Russie.

Son Bureau joue également un rôle important dans la couverture de la vie quotidienne à Moscou et à Saint-Pétersbourg, alors que l’économie russe tente de se maintenir à flot malgré les sanctions. Parmi les sujets traités récemment, figurent le retrait du groupe de prêt-à-porter H&M, la reprise des chaînes McDonalds et Starbucks par des enseignes russes, la baisse des taux d’intérêt et les prévisions de la banque centrale de Russie, ou encore le feuilleton Gazprom. L’énergie est devenue une arme maîtresse dans l’arsenal de Poutine. C’est pourquoi la couverture de l’UER, comprenant de nouvelles images de Saint-Pétersbourg et des analyses de commentateurs occidentaux et russes sur la question, a fait le tour du monde. Et lorsque l’annonce de la mobilisation par Poutine a ébranlé la société russe, les équipes de l’UER ont couvert les manifestations à Moscou, ont interrogé des experts et ont recueilli des témoignages dans la rue montrant un revirement d’opinion important des Russes, face à une guerre qui se rapprochait.

Outre la transmission de précieux reportages, le Bureau de l’UER à Moscou assure la liaison avec les principaux médias occidentaux dont les activités ont été interdites en Russie et qui ont besoin d’informations pour que leur public comprenne les enjeux de la guerre. Le Bureau est en contact régulier avec les représentants de ces médias pour saisir leurs priorités en matière d’information et y répondre.

Nos journalistes ont dû faire preuve d’initiative pour travailler dans cet environnement difficile et diffuser des informations provenant de nouvelles sources. Les réseaux sociaux ont fourni de nombreux contenus vidéo sur les manifestations contre la mobilisation en Russie, ainsi que l’exode de centaines de milliers de jeunes Russes traversant les frontières avec le Kazakhstan, la Géorgie et la Mongolie. Une étroite collaboration avec d’autres Membres de l’UER, tels que la Télévision géorgienne, a permis d’interviewer de jeunes Russes à leur arrivée, qui ont expliqué leur refus de participer à la guerre de Poutine.

Le Bureau travaille en coopération avec le service Social Newswire de Genève sur la vérification indispensable et la validation des contenus. Il suit également toute l’actualité juridique concernant le journalisme en Russie. C’est le cas de la loi sur les fausses informations, à laquelle le gouvernement russe ne cesse d’apporter des modifications. L’équipe sollicite par ailleurs des conseils juridiques indépendants et peut publier des consignes actualisées sur de nouveaux risques juridiques liés au recueil d’informations, à l’intention des Membres de l’UER.

La mise en commun d’informations avec les Membres sur les questions pratiques et logistiques (obtention d’accréditations ou transferts d’argent pour le personnel, par exemple) est également essentielle pour que les médias occidentaux puissent faire face à l’évolution rapide des conditions de sécurité en Russie.

« C’est un grand défi pour nos Membres et le Bureau de l’UER à Moscou d’assurer une mission d’information en garantissant la sécurité du personnel. C’est dans cette optique que nous partageons notre expérience, nos conseils et notre expertise », explique Kate de Pury. « Nous continuons à pratiquer un journalisme indépendant, en tenant compte de ce qui est sûr et possible. Nous devons continuer de rendre compte de la réalité du terrain en Russie. »

Remarques:

Le Bureau de l’UER à Moscou existe depuis plus de trente ans.

Il est dirigé par Kate de Pury, qui travaillait auparavant pour Associated Press et Reuters en Russie. Il est composé d’une équipe de sept personnes (trois rédacteurs, deux ingénieurs et deux personnes chargées des finances et de l’administration).