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Une enquête de l’UER révèle une russification brutale de l’Ukraine occupée

16 novembre 2023
Emiliano Bos, journaliste du RSI, interviewe des personnes déplacées des territoires occupés
Emiliano Bos, journaliste du RSI. Il s'est rendu dans l'est de l'Ukraine où il a interviewé des personnes déplacées des territoires occupés.

Dans une grande enquête qui a duré plusieurs mois, le Réseau UER de journalisme d'investigation dévoile la réalité brutale de la politique d'assimilation agressive menée par la Russie dans les territoires de l'est de l'Ukraine illégalement annexés.

Alors que les deux pays continuent de se livrer une guerre d'usure sur les lignes de front, plusieurs millions de personnes habitant les zones contrôlées par la Russie, entre la Crimée et Louhansk, doivent vivre sous l’autorité de Moscou. Enfreindre ou ignorer ces règles peut rendre la vie extrêmement difficile, mais y adhérer peut entraîner des poursuites pénales pour intelligence avec l'ennemi de la part de l'État ukrainien.

Coupés du monde et piégés dans le chaos qui règne entre la ligne de front et la frontière russe, les habitants de Donetsk, Louhansk et des oblasts de Kherson et de Zaporijjia, mènent une existence cauchemardesque. Des rapports d'experts et les récits de témoins mettent en évidence des cas de torture, de coercition, de déplacement, d'acculturation forcée et d’endoctrinement militaire qui contreviennent au droit international et pourraient, dans certains cas, constituer des crimes de guerre.

Dans les ténèbres de ces territoires occupés, des personnes comme Ludmila (prénom fictif) nous rapporte quelques épisodes effroyables de la vie sous l’occupation : « On vit comme des bêtes traquées. On n’a pas le droit de parler de l'Ukraine et les symboles ukrainiens sont interdits. Si on entend ou si on dit quelque chose qui ne plaît pas, on est arrêté et jeté dans un cachot. Et là, on n’a qu’une crainte : que la nuit tombe et qu'ils viennent nous chercher. »

La survie peut passer par la soumission au régime de Moscou. L'accès aux services de base (alimentation, éducation, travail, santé, médicaments de première nécessité, retraites et logement) exige l'acceptation d'un passeport russe et un serment d'allégeance à la Russie. Mais cette russification forcée peut aussi exposer les personnes à des accusations d’intelligence avec l'ennemi en vertu d’une législation ukrainienne qui suscite l’inquiétude d’organisations internationales et ukrainiennes.

Kateryna Rashevska, juriste au Centre régional pour les droits de l’homme à Kiev, explique : « La loi n'est pas assez claire... Je pense que dans l’avenir, dans le cadre d’éventuelles procédures devant la Cour européenne des droits de l'homme, l’Ukraine pourrait être reconnue coupable de violations des droits de l'homme à l’encontre de personnes condamnées pour intelligence avec l’ennemi par les juridictions ukrainiennes ».

Le Réseau UER de journalisme d’investigation, s’appuyant sur les compétences des journalistes de Membres de l’UER tels que DR, la LRT, l’ORF, la RSI, la RTVE et l’UA:PBC, a mené plus de vingt entretiens avec des experts, des témoins et des victimes de torture, pour tenter d’éclaircir ces questions. 

Pilar Requena, journaliste d’investigation à la RTVE et présidente du comité directeur du Réseau, souligne la gravité de ses conclusions : « Cette enquête visait à déterminer si les autorités russes respectaient le droit international et les principes humanitaires dans les territoires ukrainiens occupés. La réponse est claire : c'est non. »

Elle ajoute : « Le travail réalisé avec des collègues journalistes d'investigation de différents pays européens a été formidable. Nous partageons tous les mêmes valeurs et principes, avec comme objectif de mettre en évidence les actes commis et de construire un monde meilleur. »

Belén López Garrido, rédactrice en chef à Eurovision News, est chef de projet du Réseau UER de journalisme d'investigation. Selon elle, « la diversité des compétences et des expertises au sein du groupe a été très utile pour avoir une vue d’ensemble. Ces régions de l'est de l'Ukraine constituent un véritable trou noir en matière d’information pour le monde extérieur. En rassemblant les ressources de nos différents membres, nous avons pu recueillir un très riche volume de renseignements. »

Voici quelques éléments extraits de l’enquête, qui montrent la réalité de la vie dans l’Ukraine occupée :

Le témoignage de Halyna

Halyna (prénom fictif) est une Ukrainienne habitant une ville dans la région occupée de Zaporijjia. Elle est un témoin direct de la vie sous le régime russe. Son récit s’égrène à travers des messages échangés pendant plus de 20 mois avec la journaliste Alla Sadovnyk, de l’UA:PBC, accompagnés d’illustrations poignantes.

Le nouveau visage de Marioupol

Ce reportage montre la reconstruction de la ville détruite au cours de son siège et la russification de sa culture, notamment du théâtre où des centaines de personnes ont été tuées.

Le dilemme de la collaboration en Ukraine

Au début de la guerre, Kiev a durci la législation relative aux actes de trahison et d’intelligence avec l'ennemi. En raison des lacunes de la loi, selon les experts, des milliers de procédures ont été ouvertes contre des citoyens ukrainiens. Pour certains avocats ukrainiens et ONG, les personnes accusées n'ont souvent pas accès à un conseil et ne peuvent pas présenter de preuves pour exercer leur défense.

Le retour des symboles soviétiques

Une étude a été réalisée sur la résurgence des symboles soviétiques dans les régions occupées, liée à la stratégie de propagande russe.

Le profil de Vladimir Saldo

Vladimir Saldo est le gouverneur de facto de l’oblast de Kherson, installé par Moscou. L'enquête se penche sur ses motivations et son influence, ainsi que celles des principaux acteurs présents dans les territoires occupés.

Liz Corbin, directrice adjointe du département Médias et responsable des News à l’UER, souligne que cette enquête paneuropéenne n'a été possible que grâce à la communauté des médias de service public : « Je tiens à féliciter, une fois de plus, le Réseau UER de journalisme d'investigation pour ce travail de longue haleine. Il n’apporte pas seulement des informations fiables s'appuyant sur des preuves. Il montre aussi que la coopération, qui est au cœur des médias de service public, est vraiment utile aux journalistes pour vaincre les difficultés rencontrées sur le terrain ».

Les Membres de l’UER qui souhaitent publier cette enquête peuvent contacter Belén López Garrido.

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