BLOG publié le 11 sept. 2018 • Département / Unité Relations avec les Membres et Communication

Protéger l'accès au contenu en ligne des MSP

Dans l’économie numérique, les plates-formes en ligne constituent de toute évidence des moteurs de croissance et d'innovation. Certes, nous profitons couramment des nombreux avantages qu’elles offrent en matière de services, d’information, de divertissement et de dialogue social, mais de toute évidence, une poignée d’entre elles exerce une influence considérable sur la manière d’organiser et de mettre à disposition les contenus.

Les liens entre ces « contrôleurs d’accès » et leurs partenaires commerciaux sont souvent déséquilibrés et ne répondent pas aux exigences des utilisateurs en matière de confiance et de transparence.

En Europe, ce constat a attiré l’attention de la Commission européenne : ainsi donc, un projet de loi vise actuellement à corriger le déséquilibre existant, en matière de pouvoir de négociation, entre les plates-formes en ligne et leurs utilisateurs professionnels.

Pour les organismes de médias de service public (MSP) d’États membres de l'UE que nous représentons, cette législation pourrait pallier le manque de transparence  des pratiques des plateformes, tout particulièrement en ce qui concerne les critères de recherche et de référencement, les modifications apportées aux conditions générales, les données des consommateurs ou encore la résolution des litiges.

Si elle a accueilli favorablement le projet de loi susmentionné, l’UER estime cependant qu’il ne va pas assez loin et souhaite qu’il soit renforcé dans un certain nombre de domaines essentiels.

L’UER souhaite notamment :

  • que la réglementation européenne couvre les services à assistance vocale ;
  • que des précisions soient apportées à certaines définitions, pour veiller à ce que celles-ci s’appliquent au contenu en ligne «gratuit» (dont celui des MSP) ;
  • que les pratiques des plates-formes en matière de données soient plus transparentes, à l’instar de l'obligation d’accorder aux utilisateurs professionnels l’accès aux données anonymes de leurs clients, en lien avec leurs services ;
  • et que la marque de l'utilisateur professionnel soit correctement attribuée.

En quoi ces éléments sont-ils importants ? Parce qu’en pratique, nous sommes des millions à passer par une plate-forme en ligne pour accéder à des contenus. Et lorsque nous allumons une SMART TV, ou que nous visionnons du contenu en ligne à l’aide d’Amazon Firestick, l’offre de la plate-forme est la première chose que nous voyons ; or, il y a fort à parier que cette offre sera très alléchante. Et pour autant que la plate-forme en question crée également ses propres contenus, il est probable qu’ils seront bien mis en évidence.

Si, dans certains pays, une législation garantit aux contenus des MSP une place de choix dans les guides électroniques des programmes, il en va autrement dans le monde en ligne. Ce sont donc les propriétaires des plates-formes qui décident du degré de visibilité des contenus.

En ce qui concerne le jeune public, cette situation fausse l’accès aux contenus qui reflètent les valeurs des MSP. Dans un monde où un choix pléthorique s’offre à eux, les jeunes fixent leurs propres règles et la plupart d’entre eux privilégie d’ores et déjà l’écoute à la demande ; au Royaume-Uni, par exemple, les 16-34 ans passent plus de la moitié de leur temps d’écoute en ligne, souvent sur des plates-formes tierces. Les MSP doivent donc pouvoir lutter avec celles-ci sur un pied d’égalité, pour se rapprocher de leur public en ligne.

À la lumière de ce constat, je suis plus que jamais convaincu que c’est dans le domaine de l’information que nous pouvons faire la différence, en mettant à la disposition de notre public des informations indépendantes, impartiales et dignes de confiance, occupant la place qu’elles méritent au cœur du discours européen. L’information est en effet l’un des fondements des démocraties modernes et un outil indispensable pour demander des comptes aux gouvernements ; il est de surcroît prouvé que dans les pays où les MSP occupent une place de choix, les médias dans leur ensemble jouissent d’une confiance accrue et la presse d’une plus grande liberté.

65% des internautes ne consultent pas directement des sources d’information, mais accèdent en premier lieu aux contenus par une «porte dérobée» (moteur de recherche, médias sociaux, agrégateurs, p.ex.). Dans ce contexte, demander des comptes aux plates-formes est plus que jamais nécessaire, tout particulièrement compte tenu de l’essor de la désinformation et des «fausses nouvelles» (fake news).

De toute évidence, les citoyens profitent du choix sans précédent qui s’offre à eux. Je crois aux bienfaits de la concurrence, ainsi qu’à notre capacité à faire montre d’une grande créativité. Mais peut-on parler de «choix» entre les contenus de tel ou tel grand conglomérat international ?

Ces géants des médias, souvent d’envergure mondiale, ont leurs propres motivations commerciales, qui sont parfaitement respectables et qui les poussent à innover pour poursuivre leur progression sur le chemin de la réussite. Mais, s’agissant de satisfaire les attentes du public, ils ne partageront jamais les mêmes valeurs que les MSP, dont les contenus répondent aux aspirations de la société. Tout ce qui compromet l'accès des citoyens à ces contenus doit donc être considéré comme une menace pour nos démocraties.

Certes, nous voyons d’un bon œil les objectifs de la nouvelle législation européenne, mais il serait dommage que les législateurs ratent l’occasion d’élaborer une politique européenne solide, qui tire parti des avantages d’Internet pour offrir aux citoyens des services de qualité et dignes de confiance, tout en protégeant le rôle essentiel dévolu aux MSP dans nos pays respectifs.