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Interview de Xavier Mujal, directeur général de Ràdio i Televisió d’Andorra (RTVA)

14 janvier 2021
Interview de Xavier Mujal, directeur général de Ràdio i Televisió d’Andorra (RTVA)
Xavier Mujal

Xavier Mujal, directeur général de la RTVA, s’est entretenu avec Beatriz Pastor y Puga, responsable des Relations avec les Membres pour le Sud.

Comment la RTVA a-t-elle été impactée par la pandémie ?

En Andorre, il existe une offre audiovisuelle riche, avec des centaines de chaînes disponibles pour tous les publics, qui permet à une importante communauté internationale d’accéder à des contenus liés à leurs pays d’origine (France, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, etc.).

Mais un changement s’est produit pendant la pandémie : les publics andorrans ont fait de la RTVA leur média de référence pour obtenir des contenus actualisés et fiables sur la pandémie dans notre pays. En Andorre, les téléspectateurs et téléspectatrices avaient besoin d’informations sur les faits touchant leur vie quotidienne, notamment les décisions prises par le gouvernement. Notre organisme a été la seule chaîne d’information locale et je pense qu’elle s’est bien acquittée de sa mission ! Le défi était de taille, mais l’expérience a été extraordinaire. Nous avons travaillé dans un cadre décisionnel en constante évolution et nous avons dû en même temps donner des réponses à notre public. Le résultat a été positif sur la confiance qui nous a été accordée.

L’usage des médias en Andorre présente les mêmes caractéristiques qu’en Catalogne ou en Espagne : Telecinco ou Tele 3 figurent parmi les trois chaînes les plus regardées. La RTVA occupe habituellement la sixième ou la septième place. Mais ces derniers mois, elle a souvent été le premier choix du public à l’heure des informations. C’est une grande satisfaction pour nous.

Comment votre travail quotidien de directeur général a-t-il changé pendant la crise ?

J’ai dû rester au téléphone, 24 heures sur 24 ! Et surtout, la communication avec le gouvernement a été directe et immédiate, ce qui est très important. Les travaux parlementaires ont été intenses, car de nombreuses évolutions législatives ont dû voir le jour en un temps record, pour faire face à la situation au jour le jour. J’ai pu diriger la RTVA de manière indépendante. En tant que média de service public, elle est en effet exposée aux interventions externes, comme ailleurs, il est inutile de le cacher. Mais pendant toute la pandémie, la coopération et l’information avec le gouvernement ont pu être assurées de manière fluide et transparente.

La RTVA a également dû jouer un rôle décisif auprès d’autres secteurs, notamment associatifs, sportifs et culturels, qui avaient besoin de soutien pour informer les personnes et expliquer les principales questions et mesures influant sur leur vie quotidienne.

Aujourd’hui, nous parlons tous et toutes du Covid, parce qu’il touche durement nos vies. Il est même difficile de parler de foot. Et dans ce contexte, la RTVA, en tant que service public, a naturellement pris l’initiative d’analyser les événements qui frappent notre société et d’en informer la population. À mon sens, nous avons « utilisé » la RTVA à bon escient et renforcé son intérêt auprès du public.

Quels autres points importants retiendriez-vous ?

Cela peut paraître très personnel, mais lorsque j’ai rejoint la RTVA, l’une des premières choses que j’ai voulu faire allait dans le sens inverse de ce que faisaient les autres chaînes : j’ai voulu me tourner vers l’Andorre, parler de l’Andorre.

Comme je l’ai déjà dit, nous sommes la seule chaîne d’information sur notre pays. Nous avons donc dû faire des choix sur les contenus de fiction et de divertissement… pour mettre l’accent sur l’information d’intérêt national.

À la RTVA, notre public était traditionnellement issu d’un segment spécifique de la société andorrane, des personnes de plus de 40 ans qui ont des racines dans le pays et qui sont intéressées par ce qui se passe en Andorre. Mais nous n’avions pas attiré d’autres secteurs de la société. Au cours de cette terrible pandémie, notre nouveau modèle s’est avéré pertinent et nous sommes devenus une référence de qualité. Personne ne doute aujourd’hui du rôle clé du média de service public dans la société andorrane. Et je ne doute pas de la pérennité du rôle de la RTVA.

Comment avez-vous fait pour maintenir votre capacité opérationnelle malgré les restrictions ?

La restriction la plus contraignante a été la distanciation sociale, notamment dans notre salle de rédaction, où nous avons dû ménager 1,5 ou 2 mètres de distance entre les rédacteurs et rédactrices.

Une salle de rédaction comme la nôtre, d’une capacité de 40 personnes, ne peut plus accueillir que 20 personnes, ce qui pose de nombreuses difficultés. L’autre problème a été la réorganisation complète des plannings du personnel, qui a eu des conséquences sur la vie privée de nos employé.e.s et sur la capacité opérationnelle de l’entreprise.

Les conditions ont été très difficiles pour notre équipe depuis mars et je savais que nous ne pourrions pas les supporter encore en 2021. Elles nous auraient achevés. Nous avons donc dû chercher une solution.

Notre seule possibilité était de trouver un autre espace à l’extérieur de nos locaux. Nous avons loué un étage dans un autre bâtiment pour aménager une deuxième salle de rédaction à partir de zéro. Elle disposera des mêmes équipements techniques et informatiques que la salle de rédaction existante au siège de la RTVA et nous permettra de garder notre capacité opérationnelle en divisant le personnel en deux équipes.

Le défi ne sera pas lié au personnel technique, mais à la communication entre les deux équipes. Celle-ci sera indispensable pour maintenir nos capacités. Nous veillerons à ce que nos équipes puissent travailler, communiquer et se coordonner, pour travailler dans des conditions les plus normales possible.

Je pense qu’avec cette solution, nous avons les moyens de travailler comme nous le faisions avant mars dernier, dans des conditions matérielles différentes, mais avec la même capacité de production.

L’année 2021 sera très chargée. L’Andorre accueillera une étape du Tour de France, les championnats du monde de ski-alpinisme de l’ISMF en février et le sommet ibéro-américain en avril, auquel assisteront plusieurs chefs d’État, dont le roi d’Espagne. Nous recevrons également le Cirque du Soleil, dont le spectacle constitue une attraction touristique de premier plan. En bref, nous avons beaucoup travaillé l’année dernière et nous continuerons de le faire en 2021 !

La RTVA a entrepris auprès de l’UER une procédure pour intégrer l’Échange d’actualités Eurovision. Que représente ce projet pour vous ?

C’est un projet qui me tient à cœur. Lorsque j’ai été nommé directeur général, nous étions abonnés à différents services d’information comme Reuters ou Atlas. Nous recevions ainsi les mêmes dépêches que les autres chaînes. Or, à mon avis, nous n’avions aucun intérêt à diffuser, par exemple, une information absolument identique à celle de Telecinco, pour un coût élevé. Il me semblait que nous devions investir ailleurs. J’ai décidé de réduire les informations internationales dans nos journaux, car de nombreuses autres chaînes diffusant en Andorre offraient déjà ces contenus. Ce n’était pas notre rôle et nous avons donc investi nos ressources différemment.

L’UER nous a ouvert cette porte depuis la réforme du système de cotisation. Nous sommes ainsi dans une situation plus juste et plus équilibrée par rapport aux autres Membres. Nous pourrons désormais accéder aux dépêches des Membres de l’UER, qui suivent les mêmes règles de qualité et de style.

Et cette porte s’ouvre dans deux sens. D’abord, parce que nous pouvons offrir des informations différentes de celles des autres chaînes diffusant en Andorre. Ensuite, parce que c’est une occasion de faire connaître l’Andorre en Europe. Nos collègues des Membres de l’UER disposeront d’un choix éditorial sur leurs chaînes, mais nous tenterons de les informer sur l’Andorre en leur offrant des sujets d’actualité, ce qui est une précieuse opportunité pour nous.

Quel serait l’impact d’un accord d’association entre l’Andorre et l’Union européenne pour la RTVA ?

Nous travaillons actuellement à cet accord d’association. Nous en sommes à l’étape finale, même si celle-ci prend deux ans ! Notre gouvernement travaille à ce processus depuis de nombreuses années.

J’ai été nommé « chef de fil » pour l’annexe 11 de l’accord, qui porte sur les contenus audiovisuels. Il est très intéressant de comprendre les directives européennes, notamment la directive sur les services de médias audiovisuels, et leurs possibilités d’application dans notre pays.

En Andorre, nous n’avons pas de loi sur les médias, alors que nous avons de nombreux radiodiffuseurs. Les directives européennes sont simples à mettre en œuvre et nous placeront sur un terrain d’égalité en Europe. Nous pourrons disposer d’un cadre pour les contenus disponibles en Andorre et lorsqu’un contenu ne sera pas conforme, les autorités de régulation devront intervenir, qu’il s’agisse de publicités, de programmes pour enfants, ou encore de diversité et d’inclusion, pour ne citer que quelques exemples de questions réglementées par l’Union européenne. Nous en avons besoin.

Même si l’Andorre n’est pas membre de l’Union européenne, il est clair que cette directive placera la RTVA au même niveau que d’autres organismes de médias et d’autres secteurs.

Ainsi, lorsque j’assiste à une assemblée générale de l’UER, je suis toujours très bien accueilli par mes homologues, indépendamment de la taille de notre média. Et avec cet accord, il en sera de même au sein de l’Union.

Comment décririez-vous vos réalisations après quelque sept ans passés à la tête de la RTVA ?

Un grand travail a été accompli, même s’il n’est pas toujours directement visible sur notre chaîne de télévision, nos stations de radio ou notre portail Web, car il comprend aussi de nombreuses tâches destinées à organiser et à gérer efficacement l’entreprise dans un monde de plus en plus réglementé.

Et j’ai encore de nombreux projets de développement pour notre organisme !

Liens et documents pertinents

Contact


Beatriz Pastor y Puga

Responsable Relations avec les Membres - Sud

[email protected]