Retour à Discours
DISCOURS

Allocution de Graham Dixon, Responsable de la Radio de l’UER, au Salon de la Radio 2016

02 février 2016
Allocution de Graham Dixon, Responsable de la Radio de l’UER, au Salon de la Radio 2016

C'est un immense honneur pour moi d'être parmi vous au Salon de la Radio, qui témoigne chaque année du dynamisme formidable du secteur des médias en France, et tout particulièrement de la radio. J'ai pu m'en rendre compte à de multiples occasions, parce que je vis tout près de la France et que je m'y rends souvent. C'est toutefois la première fois que je reviens à Paris depuis les événements tragiques qui s'y sont produits. Je passais alors une agréable soirée en compagnie de mon épouse, à Grenoble. Au fur et à mesure que la situation évoluait, j'ai été frappé par le professionnalisme des médias, qui ont mis tout en œuvre pour tenir le public informé. Or, c'est précisément dans de telles circonstances que nous aimons pouvoir compter sur une infrastructure médiatique solide et adaptée. La Journée mondiale de la radio de l'UNESCO, que nous célébrerons le 13 février prochain, aura cette année pour thème la radio dans des situations d'urgence et de catastrophe. Bien évidemment, nous espérons tous que de telles situations restent exceptionnelles, mais nous sommes conscients de l'importance que revêt le fait de pouvoir disposer rapidement d'informations fiables. C’est d'autant plus vrai dans les moments difficiles, et il me semble justement que la radio est alors le média idéal. La catastrophe de Fukushima et les récentes inondations au Royaume-Uni, par exemple, nous ont montré à quel point il pouvait être utile de disposer d'un appareil portable, capable de fonctionner sans électricité au réseau. La radio jouit également d'une grande souplesse d'utilisation : on peut produire des contenus radiophoniques à peu de frais, rapidement et même discrètement (ce qui peut s'avérer utile dans des situations difficiles, voire dangereuses), y compris en utilisant que nos iPhones.  

Nous vivons actuellement dans un monde de plus en plus complexe, au sein duquel nous devons pouvoir interpréter les événements de manière à la fois rationnelle et sensée. Or, seule la radio nous permet d'écouter chaque jour des débats détaillés au cours desquels se manifestent des opinions variées, qui sont autant de reflets de la société qui nous entoure et des désaccords inévitables qui doivent pouvoir s'exprimer. Pour toutes ces raisons, je suis convaincu de l'utilité et de l'importance que revêtent aujourd'hui plus que jamais les médias de service public, parce qu'ils ont vocation à toucher l'ensemble de la population et à constituer un point de ralliement lors d'événements d'importance nationale, qu'il s'agisse de compétitions sportives ou bien d'élections, par exemple. Les médias de service public permettent en substance d'instaurer un dialogue national. Lorsque je travaillais à la BBC, on nous a présenté une analyse détaillée de la population britannique, basée sur des critères comme l'âge ou les centres d'intérêt. L'un de mes collègues a alors plaisanté : "Bien! Alors maintenant que nous connaissons les différents groupes d'auditeurs, il ne nous reste plus qu'à définir la manière dont nous allons nous adresser à tout le monde!"  Il n'en reste pas moins évident que le rôle sociétal des médias publics ne se limite pas aux groupes auxquels nous aurions naturellement tendance à nous adresser. Comme moi, qui vous parle aujourd'hui en français, les médias publics doivent sortir de leur zone de confort et se demander si leurs services apportent véritablement une valeur suffisante à l'ensemble de la population. Pour pouvoir répondre à cette question, nous serons inévitablement amenés à nous intéresser aux jeunes, aux minorités, ou encore aux personnes les moins qualifiées.  Si elle veut préserver les liens qu'elle a tissés avec ses auditeurs, la radio doit faire en sorte d'être perçue comme un média moderne, capable de s'adresser à tous mais aussi de proposer des services ciblés. Je me souviens de la joie que j'ai éprouvée quand j'ai reçu mon premier transistor de poche, comme cadeau de Noël – il y a quelques années. J'avais alors eu l'impression que c'est tout un monde nouveau et branché qui s'ouvrait à moi. Ce sont ces sensations que nous devons procurer à nos auditeurs.

J'en arrive à la radio numérique terrestre.Je me félicite que la France ait défini un calendrier clair et précis pour le déploiement de cette technologie. La publication de ce calendrier est en effet une excellente nouvelle, parce que, comme nous l'avons déjà évoqué, il est absolument primordial de pouvoir disposer d'un réseau de radiodiffusion terrestre moderne.  La mise en œuvre de la RNT répond sans aucun doute à une nécessité sociale, mais pour que ce processus porte ses fruits, il est indispensable d'impliquer le public. Jusqu'à présent dans les discussions on a souvent mis l'accent sur la dimension technique de cette innovation, et on a privilégié des aspects comme le pourcentage de couverture dans les grandes villes et le long des autoroutes, notamment. Les premiers temps, la stratégie de commercialisation de la RNT insistait elle-même sur la qualité de son améliorée qu'offre cette technologie. Cette stratégie s'est toutefois heurtée à la difficulté de convaincre les auditeurs que la qualité du son de leurs appareils analogiques pouvait être améliorée, difficulté qui s'est finalement avérée impossible à surmonter. Lors de l'Assemblée générale du forum WorldDAB, en novembre dernier, j'ai souhaité donner une nouvelle orientation au débat, en le recentrant sur le public et ses besoins. Me laissant emporter par mon enthousiasme, j'ai proposé que le sigle DAB (RNT en anglais) ne désigne pas seulement "Digital Audio Broadcasting", mais également "Delivering Audience Benefits – Livrer Avantanges aux Auditeurs", afin de rappeler que nous devons mettre le public au centre de tous nos efforts et lui procurer des avantages concrets. Je suis en effet convaincu que c'est uniquement en axant nos efforts sur le public que nous pourrons faire bouger les choses.

Un grand nombre d'auditeurs européens a déjà accès aux stations qui émettent seulement en RNT, lesquelles mettent à profit l'efficacité d'utilisation du spectre pour offrir une qualité d'écoute améliorée et répondre aux besoins particuliers du public. Ainsi donc, nos collègues de Bavière ont conçu une radio dotée de boutons préréglés sur les stations de la Bayerische Rundfunk. J'ai aussi été surpris de constater qu'il existe à l'heure actuelle près de 70 stations qui émettent uniquement en numérique, ce qui représente une part non négligeable des 250 stations RNT/RNT+ exploitées par des Membres de l’UER. La technologie RNT poursuit donc son essor, en dépit de quelques ralentissements dûs essentiellement à la crise économique de 2008.  Un large éventail de programmes est aujourd'hui diffusé en RNT, les plus emblématiques étant les programmes jeunesse, l'information, le sport et surtout la musique, dans ses déclinaisons les plus diverses. La RNT s'adresse donc aux auditeurs dans toute leur diversité. 

Avec la RNT, les auditeurs sont devenus plus exigeants: ils attendent plus des radios de service public que des services commerciaux de streaming. En effet, les médias de service public sont perçus comme offrant des commentaires cultivés et avisés, ainsi que la possibilité d'écouter et d'apprendre des choses nouvelles et d'avoir accès à un répertoire suffisamment vaste pour stimuler leur curiosité. C'est ici que la RNT prouve son utilité, elle qui se trouve à mi-chemin entre l'offre limitée de l'analogique et la multitude de services de streaming, tout en restant fidèle aux valeurs du service public. On trouve déjà des stations dédiées au jazz, aux musiques alternatives, à la musique noire, la musique des années 50 et 60, la musique folk norvégienne, au "schlager", et bien évidemment à la musique classique.  La possibilité de réaliser de nouveaux programmes ne pourra bien évidemment que contribuer au dynamisme du secteur de la radio dans son ensemble. Bon nombre des nouvelles stations, qu'elles soient publiques ou privées, s'adresseront à des auditeurs qui se jugeaient jusqu'alors délaissés et que ces radios seront d'autant mieux à même de fidéliser. 

Cela étant dit, je souhaite mettre le public au cœur de nos préoccupations et, en guise de conclusion, aborder brièvement les problèmes que posent le sabotage et le piratage informatiques. L'attaque par déni de service opérée contre le site Internet de la BBC en début d'année nous prouve une fois encore, si besoin était, que nous devons faire preuve d'une extrême prudence avant d'engager l'essentiel de nos ressources sur la technologie IP. On ne peut fort heureusement pas réellement pirater une radio, du moins pas de la même manière que lorsque l'on attaque un site Internet pour le rendre inaccessible; à l'heure actuelle, une panne majeure des connexions IP serait cependant synonyme de cauchemar.

Permettez-moi toutefois de conclure sur une note optimiste. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je me félicite que la France ait fixé un calendrier précis pour le déploiement de la RNT. Cette bonne nouvelle s'inscrit dans le sillage d'un certain nombre d'autres évolutions positives, parmi lesquelles : 

•             de nouvelles stations RNT voient le jour aux Pays-Bas ;

•             le média de service public turc a commencé à exploiter cinq stations RNT à Istanbul ;

•             en Slovaquie, les programmes des médias de service public font actuellement l'objet d'essais de transmission en RNT;

•             en Belgique, le nouvel accord qu'ont conclu le gouvernement flamand et la VRT met notamment l'accent sur la nécessité de faire de la radio un média moderne, ainsi que sur le rôle de premier plan que doit jouer la RNT dans ce contexte.

J'ai déjà souligné le rôle important dévolu aux médias publics, mais pour terminer mon allocution, je souhaite également dire un mot sur notre réunion d'aujourd'hui, qui a le mérite de rassembler des radios des secteurs public et privé. Les auditeurs sont bien évidemment l'objet de toutes les convoitises, aussi nos stations se livrent-elles à une lutte en matière de contenus. Radios publiques et privées devront collaborer sur le plan technique, seul moyen pour elles d'insuffler du dynamisme et de la modernité au secteur de la radio, qui pourra ainsi poursuivre son essor. 

L'avènement de l’internet a rendu le public de plus en plus exigeant : celui-ci s'attend désormais à se voir offrir des services qui répondent à ses goûts et centres d'intérêt, partout et à tout moment.  Dans ce contexte, la mise au point d'un smartphone équipé d'une puce RNT revêt une importance toute particulière. Quant aux technologies numérique et hybride, elles nous ouvrent des perspectives très intéressantes en matière de données. Certes, nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd'hui sans des contenus de premier ordre, mais je n’en reste pas moins convaincu que pour conserver la place privilégiée que nous occupons actuellement sur le marché de la radio, nous ne devrons pas nous contenter de proposer des contenus de qualité à nos auditeurs. Il nous faudra selon moi tirer pleinement parti des toutes dernières avancées en matière de distribution et de gestion des données, et concevoir des éléments de personnalisation. La radio hybride, qui associe Internet et distribution terrestre, pourrait à cet égard constituer une solution intéressante. Même si nos organismes suivent des chemins différents, leur priorité commune doit être de faire de la radio un média contemporain,  ce que j'exprime souvent en anglais par l'expression "making radio modern". Nous devrons bien entendu continuer à proposer des contenus de premier ordre. Concernant les modes de distribution, nos organismes apportent des réponses diverses aux défis qui leur sont posés, mais ils ne doivent en aucun cas adopter une posture attentiste. Il leur faut au contraire prendre les devants, s'ils veulent tirer profit des nouvelles possibilités qui s'offrent à eux pour combler toutes les attentes du public. 

La radio reste un média sans égal dans la vie de notre public. Nous irons chacuns écouter neuf ans de radio au cours de nos vies. C’est à nous qui travaillaient dans le secteur radio la nécessité de livrer notre contenu pertinent et excellent dans une manière contemporaine et attrayante.

Liens et documents pertinents