Allocution de Noel Curran à Radiodays Europe
01 avril 2019Allocution donnée par Noel Curran à l’édition 2019 de la conférence Radiodays Europe
Introduction : les chiffres globaux sur la confiance
Je suis ici ce matin pour vous parler de confiance et des liens que nous entretenons avec notre public. Qui n'a pas déjà entendu les affirmations selon lesquelles « La confiance dans les médias s'est effondrée », ou « Nous avons perdu notre public », ou encore « Nous ne présentons aucun intérêt » ?
Vous serez pourtant surpris d'apprendre que je ne suis pas ici pour parler de l’importance, pour certains de nos médias, de regagner la confiance de leur public. J’entends plutôt souligner la nécessité d’entretenir cette confiance.
Le Service d'analyse médias de l'UER a effectué des recherches approfondies sur ce sujet et je tiens à vous en présenter aujourd'hui les résultats les plus récents, que nous publierons plus tard ce mois-ci.
Ce que ces chiffres montrent clairement, c'est que la confiance à l’égard d’Internet et des médias sociaux continue de baisser.
Ce n’est en revanche pas le cas de la radio, qui reste de loin le média le plus digne de confiance aux yeux des Européens : ils sont en effet près de quatre-vingt-cinq pour cent à lui faire confiance.
Des cinq médias que nous avons examinés, c'est-à-dire la radio, la télévision, la presse écrite, Internet et les médias sociaux, c’est la radio qui enregistre l'indice de confiance le plus élevé. Cet indice est de surcroît resté plutôt stable ces cinq dernières années, à l’instar de celui de la télévision. Le niveau de confiance dont jouissent Internet et les médias sociaux, en revanche, était faible dès le départ et ne cesse de baisser.
Variations régionales et importance de l'indépendance
On peut constater, en observant une carte des endroits où l'on se fie le plus à la radio, que le niveau de confiance est assez élevé dans toute l’Europe, à l'exception des régions où une ingérence politique prononcée existe de toute évidence.
On pourrait ainsi dire que faire confiance à la radio est la norme.
Je trouve particulièrement révélateur que le Royaume-Uni soit l'un des pays où le niveau de confiance a le plus augmenté ces dernières années. Malgré le Brexit qui divise politiquement le pays comme jamais auparavant, les gens continuent de se tourner vers la radio, qui reste à leurs yeux la source d'informations et de discussions la plus digne de confiance.
Comment soutenir la radio ?
Alors, que pouvons-nous faire pour soutenir ce média qui continue à inspirer confiance ? Comment pouvons-nous entretenir ce lien profond qui nous unit à notre public ?
À une époque où la technologie évolue à un rythme soutenu, que pouvons-nous faire pour raviver le média électronique d’origine et le rendre plus attrayant ?
Eh bien, je suis vraiment fier de tous les efforts que l'UER et ses Membres déploient pour répondre à ces questions. Nos Membres sont tous des radiodiffuseurs de service public, mais nous collaborons étroitement avec des entreprises commerciales, car nous partageons les mêmes intérêts sur le long terme. Lorsque les gens font confiance à la radio et que les auditeurs interagissent véritablement avec elle, nous en bénéficions tous.
Aussi permettez-moi de vous parler de quelques projets sur lesquels nous travaillons actuellement pour entretenir ce lien avec notre public, et dont vous parleront sans doute plus en détail d'autres intervenants.
Travail de sensibilisation en faveur de la radio numérique dans les voitures
Vous avez peut-être vu l'Audi à l'extérieur. Elle est équipée d'un tout nouveau poste de radio hybride. Très visuel, il facilite la recherche de votre station préférée et, quel que soit l'endroit dans le monde où vous conduisiez, il sélectionnera automatiquement le meilleur mode d’écoute (retransmission radiophonique ou streaming sur Internet). Il permet également de glaner toutes sortes d'informations sur Internet, comme la marque de la station ou la pochette de la chanson que vous êtes en train d'écouter.
Grâce au travail de sensibilisation mené par l'UER et ses partenaires, nous serons bientôt encore plus nombreux à pouvoir utiliser de tels postes. En effet, dès la fin de l'année prochaine toute nouvelle voiture construite dans l'Union européenne devra être équipée d'une radio numérique. Elles ne seront pas toutes dotées d'un poste hybride haut de gamme, mais la radio restera ainsi présente dans toutes les voitures. À l'heure actuelle, la grande majorité des conducteurs (71 % au Royaume-Uni, p.ex.) écoute la radio en conduisant. Il est donc essentiel de garder le contact avec ces auditeurs.
Nos efforts de lobbying ont contribué énormément à protéger la radio et je suis très reconnaissant envers l'Alliance européenne de radio numérique, que nous avons créée ici à Radiodays en 2016, pour le soutien qu’elle nous a apporté dans ce contexte.
La voiture garée dehors, qui est la voiture du futur, est aussi importante pour nous parce qu'elle utilise RadioDNS, dont nous sommes de fervents partisans à l'UER.
RadioDNS est une innovation qui SE DÉVELOPPE RAPIDEMENT car elle favorise une radio hybride basée sur des standards ouverts, ce qui permet de l'utiliser sur n’importe quel appareil. Après avoir remporté un franc succès aux États-Unis l'année dernière, cette technologie se répand aujourd'hui dans le monde entier.
À l'UER, nous nous sommes également intéressés à la manière dont les enceintes intelligentes distribuent la radio. Il existe encore aujourd’hui davantage de postes de radio que d'enceintes intelligentes, et de loin, mais celles-ci sont de plus en plus prisées. Elles évoluent très vite et peuvent nous permettre de faire œuvre de pionniers, par exemple en réalisant des fictions interactives ou des émissions pour enfants.
Mais les enceintes intelligentes sont aussi largement utilisées pour écouter la radio en direct, ce qu'il est préférable de faire via les réseaux de diffusion existants. C'est la raison pour laquelle l'UER a collaboré avec la National Association of Broadcasters, notre équivalent aux États-Unis, sur un projet visant à créer un prototype d'appareil capable de recevoir n'importe quelle station de radio. Grâce à RadioDNS, cet appareil choisit pour vous le meilleur mode d’écoute de la radio, qu’il s’agisse d’Internet, de la FM ou de la radio numérique.
Toutes ces innovations, et les innombrables autres sur lesquelles vous travaillez tous, revêtent une importance cruciale pour l'avenir de la radio.
C’est en continuant d'investir dans notre programmation et notre travail journalistique, mais aussi en préservant notre relation avec le public en étant disponibles pour lui partout, à toute heure, et de la façon qu'il le souhaite, que nous maintiendrons le niveau de confiance que nous accordent nos auditeurs.
Ce sont là autant d’exigences qui nous obligent non seulement à innover, mais également à choisir les bons partenaires. Voilà une question délicate à laquelle, je suis sûr, vous êtes tous confrontés à l'heure actuelle.
La décision prise par la BBC vendredi dernier de retirer ses podcasts de Google pourrait s’expliquer par sa volonté de privilégier son appli BBC Sound, mais cette décision reflète en réalité une question beaucoup plus importante qui revient de plus en plus souvent dans mes discussions avec les radiodiffuseurs auxquels je rends visite en Europe : comment les organismes de médias devraient-ils collaborer avec les plateformes sociales et les nouveaux acteurs du marché audiovisuel ?
C'est une question qui concerne tous les médias, pas seulement la radio, et il y a plus d'un avis sur le sujet. En France, comme dans d'autres pays, France Télévisions suit une approche très prudente vis-à-vis d’éventuels partenariats avec Youtube ou même Netflix. Pourtant, de récents sondages réalisés par l'UER auprès de ses Membres montrent que la moitié d'entre eux a déjà signé des accords de coproduction ou de distribution avec le géant américain.
D’ici 2023, ce sont près de 1,8 milliard d'auditeurs qui devraient écouter chaque mois des podcasts. À la lumière de ces chiffres et de certaines évolutions, comme le rachat de Parcast et de Gimlet par Spotify, notre approche en termes de partenariats pour ce marché en pleine expansion devra être stratégique et visionnaire. Aucune tendance ne prévaut à la radio, mais c'est une question importante à laquelle nous serons tous confrontés dans les mois et les années à venir.
Conclusion : que pouvons-nous faire pour juguler la baisse de confiance dans les médias ?
Malgré toutes les difficultés que je viens d’évoquer, je reste très optimiste quant à l'avenir de la radio et à sa relation avec ses auditeurs.
Nous avons déjà eu à essuyer maintes tempêtes.
Nous avons assisté à des évolutions technologiques majeures et les avons utilisées à notre avantage.
Et surtout, alors que la radio a été confrontée à la plus grande crise de confiance de la part du public de toute l'histoire de l’audiovisuel, elle reste le média dont l’image est la plus positive.
C'est un privilège qui a été excessivement difficile à acquérir et que nous devons tous nous efforcer de préserver.
Je vous remercie.