COMMUNIQUÉ DE PRESSE publié le 09 avr. 2021

République tchèque : les médias de service public menacés

En Europe, de plus en plus de gouvernements tentent de réduire l’opposition au silence en restreignant la liberté de la presse et en exerçant une influence indue sur les médias de service public.
 
L’exemple le plus récent vient de République tchèque, où l’indépendance de la télévision publique nationale est menacée. Nous assistons en effet, depuis plusieurs mois, à la politisation croissante de son conseil de gouvernance, tandis que les tentatives de déstabilisation de sa direction se multiplient.
 
Nous sommes vivement préoccupés par le fait que la liste de candidats dressée pour les prochaines élections à ce conseil, le 13 avril, ne compte que des sympathisants du pouvoir en place.
 
À l’approche de cette échéance, notre présidente, Delphine Ernotte Cunci, et notre directeur général, Noel Curran, ont écrit aux parlementaires tchèques pour les exhorter à protéger l’indépendance de leur télévision nationale, afin que celle-ci reste un modèle pour la radiodiffusion publique tant en République tchèque qu’ailleurs en Europe.
 
Dans cette tribune libre, Mme Ernotte Cunci et M. Curran rappellent combien il est important de protéger le pluralisme des médias dans ces démocraties encore jeunes.


Il existe au sein de l'Union Européenne de Radio-Télévision une grande diversité d’organismes de médias de service public, qui partagent cependant une mission et un système de valeurs communs. Tous, en effet, ont vocation à donner une représentation équitable de l'éventail des opinions, des cultures et des communautés de leurs pays respectifs. Or dans certains pays européens, cette mission est de plus en plus mise à mal.

Une mission qui consiste notamment à refléter les intérêts du public dans son ensemble, mais qui n'est pas universellement admise, tout particulièrement sur le plan politique. En Europe, les gouvernements sont en effet toujours plus nombreux à tenter de restreindre la pluralité des opinions qui s'expriment et de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui les relayent.

L’exemple le plus récent vient de République tchèque, où le radiodiffuseur public national, Česká Televize (CT), subit des pressions politiques croissantes.

Selon le Reuters Institute for the Study of Journalism d'Oxford, CT est la principale source d'information des Tchèques et 60% de la population regarde la chaîne au moins une fois par semaine.

C’est aussi à CT qu’une majorité de Tchèques font le plus confiance. Une confiance qui témoigne de l'indépendance dont Česká Televize fait preuve dans sa couverture de l'actualité.

Il est toutefois inquiétant de constater qu’au cours des derniers mois, le gouvernement tchèque a tenté de saper cette indépendance, tant directement qu’indirectement.

En 2020, les élections au conseil de gouvernance du radiodiffuseur ont fait débat lorsque ce sont majoritairement des personnalités entretenant des liens avec le parti au pouvoir qui ont été présélectionnées. Et cette année, le gouvernement semble déterminé à renforcer son emprise sur cet organe, la nouvelle liste de candidats ne comptant que des sympathisants du pouvoir en place.

Le principal objectif, ce faisant, semble être d'évincer Petr Dvořák, directeur général de CT, dont les compétences sont largement reconnues. M. Dvořák est également vice-président de l'UER.

Membre actif de l'UER, CT est profondément attachée aux valeurs fondamentales de cette Union au coeur desquelles figure l'indépendance, un principe consacré dans des résolutions du Conseil de l’Europe qui recommandent notamment d'élire des organes directeurs aptes à protéger les radiodiffuseurs de toute ingérence politique.

Petr Dvořák a récemment fait l'objet d'un vote de défiance, dont il a réchappé de justesse. L'UER est convaincue qu'à l'approche des prochaines élections législatives, en octobre, le pouvoir tente de former un conseil de gouvernance majoritairement favorable au gouvernement et d'évincer le directeur général de CT. L'objectif ultime, ce faisant, est d'assujettir l'organisme avant le début de la campagne électorale, cet automne.

L'International Press Institute et d'autres organismes de médias ont eux aussi exprimé leurs vives préoccupations concernant les ingérences politiques et les pressions croissantes auxquelles CT est soumise.

Toujours plus politisé, le conseil de gouvernance de CT ne cesse de s'en prendre à la direction de l'organisme. Or la dernière fois que le gouvernement a tenté d’imposer sa volonté au radiodiffuseur, les Tchèques sont descendus dans la rue pour manifester. Le pays étant confronté aujourd'hui à une nouvelle flambée épidémique, une manifestation peut cependant être dispersée sous prétexte de faire respecter les mesures de distanciation sociale.

Seules des pressions exercées de l'extérieur pourront donc peut-être permettre de préserver l'indépendance, obtenue de haute lutte, d'un radiodiffuseur de service public qui joue un rôle essentiel pour l'avenir démocratique d'un pays souvent considéré comme un rempart contre l'autoritarisme en Europe centrale et orientale.

Dans l’intérêt des jeunes démocraties qui de longues années durant, ont vécu sous le joug de l'Union soviétique et dont les populations étaient alors privées de médias libres, il est indispensable de préserver l'indépendance des MSP, au premier rang desquels Česká Televize.

Les médias de service public ont vocation à informer, éduquer et divertir les populations qui comptent sur eux et leur font toute confiance. Et l’UER a elle-même vocation à les protéger dans l'accomplissement de cette mission.

 

Delphine Ernotte Cunci, Présidente de France Télévisions et Présidente de l'UER

Noel Curran, Directeur General, UER

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