Retour à Discours
DISCOURS

Des médias de service public forts sont un pilier de la sécurité démocratique

26 juin 2026
Des médias de service public forts sont un pilier de la sécurité démocratique
Petr Pavel s'exprimant lors de la 96e Assemblée générale de l'UER

Ce texte est basé sur un discours prononcé par le président de la République tchèque, Petr Pavel, lors de la 96e Assemblée générale le 25 juin 2026.

En République tchèque, nous bénéficions d'un environnement médiatique bien structuré, qui associe des médias de service public solides à des organisations médiatiques privées dynamiques.

La Télévision tchèque et la Radio tchèque ne sont pas seulement des institutions médiatiques ; ce sont aussi des institutions culturelles. Elles font partie intégrante de notre riche patrimoine national et ont, à de nombreuses reprises, joué un rôle direct dans des moments décisifs de notre histoire, notamment la défense de la Radio tchèque lors du soulèvement de Prague en 1945 et lors de l'invasion du Pacte de Varsovie en 1968.

Ce sont également des institutions fiables, assurées d'elles-mêmes et bien gérées, qui fonctionnent sans scandales, sans dettes ni difficultés financières. Selon les standards internationaux, ces deux organisations opèrent avec des budgets nettement inférieurs à la moyenne des Membres de l'UER.

Le Digital News Report 2026, récemment publié, a une fois de plus confirmé la position de premier plan des médias de service public tchèques en termes de confiance du public, non seulement en République tchèque, mais aussi dans toute l'Europe centrale et orientale.

Les responsables politiques réduisent souvent les médias de service public à la seule couverture de l'actualité politique — une couverture qu'ils souhaitent parfois influencer, réguler, voire contrôler et restreindre. Je le dis en tant que politicien moi-même. Mais je voudrais plaider pour une compréhension plus large de ce que sont réellement les médias de service public.

Leur attribut le plus important est l'indépendance, en particulier dans le domaine du journalisme d'information et d'actualité. Il ne s'agit pas seulement d'indépendance politique, que les médias privés peuvent également offrir, mais aussi d'indépendance économique, de liberté vis-à-vis des pressions des annonceurs et, surtout, de l'influence des propriétaires de médias.

Les médias de service public sont souvent les seules institutions offrant un accès universel aux grands événements sportifs et culturels pour tous — pas seulement pour les abonnés payants, ni uniquement pour ceux qui disposent des compétences numériques ou de la connectivité nécessaires pour y accéder ailleurs.

Ils fournissent également des informations vérifiées et fiables, accessibles à tous les citoyens — pas seulement à ceux qui peuvent se permettre des sources d'information premium, ou qui ont le temps et les compétences pour filtrer et vérifier les informations par eux-mêmes.

Leur mission englobe des programmes de qualité pour enfants, des documentaires, du contenu éducatif, une couverture régionale, un journalisme d'investigation exigeant, ainsi que de nombreux genres de niche qui n'attireraient jamais suffisamment l'intérêt commercial des diffuseurs privés. Elle comprend également des programmes de divertissement et des productions dramatiques populaires.

Cette combinaison équilibrée de contenu sérieux d'intérêt public et de programmes à large audience est essentielle à un environnement médiatique démocratique sain. Les médias de service public doivent rester pertinents et maintenir une part d'audience significative.

Les médias de service public servent également de référence pour l'ensemble du paysage médiatique, en fixant des normes non seulement en matière de journalisme, mais aussi de langue, de culture et de production dramatique. Si leur rôle devient marginal, les comportements et les standards de l'ensemble du secteur médiatique en seront inévitablement affectés.

Aujourd'hui, les médias de service public ne sont plus en concurrence uniquement avec les organisations médiatiques traditionnelles pour capter l'attention des audiences. Ils sont de plus en plus en compétition avec des plateformes numériques mondiales dont les algorithmes déterminent quelles informations les citoyens voient et lesquelles restent invisibles.

La démocratie européenne a besoin d'institutions fortes et indépendantes, capables de produire des contenus guidés par l'intérêt public plutôt que par des objectifs purement commerciaux. C'est tout cela qui est en jeu lorsque des responsables politiques commencent à prendre des décisions irréfléchies concernant l'avenir des médias de service public.

Il semble que la République tchèque se trouve, une fois encore, à la croisée des chemins. Nous entendons des appels à la réalisation de promesses électorales, notamment des promesses incluant des réductions significatives du financement des médias de service public. Or, le rythme de ces changements proposés laisse peu de place à un débat professionnel approfondi ou à une évaluation attentive de leurs conséquences. Ils risquent d'affecter les budgets des organisations de service public d'une manière qui compromet leur stabilité financière, perturbe la planification à long terme et menace des valeurs construites sur plusieurs décennies.

Le débat actuel porte fondamentalement sur la question de savoir si les médias de service public disposeront des conditions nécessaires pour accomplir leur mission.

Je ne crois pas que les gouvernements qui mènent de telles politiques, que ce soit dans notre pays ou ailleurs, aient nécessairement l'intention de détruire directement les médias de service public. Cependant, ils risquent de les condamner à l'insignifiance. En déstabilisant leurs finances, leurs processus de planification et leurs effectifs, ils peuvent progressivement éroder leurs audiences, leur crédibilité, leur pertinence, et finalement la justification même de leur existence.

Dans le même temps, les mises en garde des professionnels des médias et de la société civile sont claires et sans équivoque. Ces voix préviennent que des réductions radicales des médias de service public peuvent entraîner des conséquences à la fois irréversibles et durables.

Je suis pleinement conscient que les pressions sur l'indépendance des médias de service public ne sont pas un phénomène local. C'est une tendance européenne. C'est pourquoi je souhaite profiter de cette tribune pour souligner l'importance des médias de service public et leur rôle indispensable au sein des sociétés démocratiques.

La combinaison actuelle de désinformation, de faux comptes, d'une consommation d'information tirée par les réseaux sociaux et de l'influence croissante de l'intelligence artificielle crée un espace sans précédent pour les malentendus de masse et les manipulations à grande échelle. L'Europe a besoin de médias de service public forts plus encore qu'au cours des décennies précédentes, lorsque l'environnement informationnel numérique était nettement plus calme et moins fragmenté.

Ces dernières années nous ont rappelé que des informations fiables et dignes de confiance ne sont pas seulement une question de politique médiatique. Elles constituent également une composante essentielle de la résilience sociétale face aux opérations d'influence étrangère, aux campagnes de désinformation et aux périodes de crise.

Des médias de service public forts sont un pilier de la sécurité démocratique.

Les thèmes de cette Assemblée générale de l'UER sont eux-mêmes une expression de la solidarité qui existe entre les médias de service public à travers l'Europe. Nous sommes tous confrontés à des pressions similaires : des pressions liées au financement, à l'efficacité, à la crédibilité et à la pertinence continue.

L'UER offre une plateforme commune et puissante pour défendre les valeurs des médias de service public. Son travail est donc plus important aujourd'hui que jamais. Elle a constamment fait preuve d'un sens des responsabilités partagées à l'égard des évolutions du paysage médiatique et s'engage activement auprès des citoyens, des gouvernements nationaux, de la Commission européenne et du Parlement européen.

L'adoption de la loi européenne sur la liberté des médias constitue un résultat important de ces efforts. Ces réglementations reconnaissent explicitement l'information comme un bien public et admettent que les organisations médiatiques ne peuvent pas être traitées de la même manière que les entreprises commerciales ordinaires. Leur indépendance doit donc être protégée au niveau de l'Union européenne. Elles reconnaissent en outre que les médias jouent un rôle vital dans la sauvegarde de l'intégrité de l'espace informationnel européen et sont indispensables au fonctionnement de nos sociétés et économies démocratiques.

Cette législation constitue un instrument important pour la protection des médias de service public.

Chers Membres de l'UER, je suis convaincu que vous reconnaissez pleinement la profonde responsabilité associée à l'information dans la sphère publique.

Dans le même temps, je souhaite que nous nous rappelions tous que nous partageons une responsabilité non seulement envers l'environnement médiatique dans lequel la génération actuelle prend ses décisions, mais aussi envers celui dans lequel les générations futures grandissent et prendront un jour leurs propres décisions.

Continuons à protéger le pluralisme, la qualité, l'accessibilité, l'universalité et l'indépendance des médias de service public.

Ce faisant, nous protégeons la démocratie elle-même.

Liens et documents pertinents

Contact


Claire Rainford

Responsable de la communication institutionnelle

[email protected]